Rira bien...

Le fou-rire, pour aider à vivre avec le cancer ou la douleur chronique

Petite histoire : « Une mère, un peu craintive, avertit son enfant qui s’apprête à partir pour une balade en vélo : Et si tu te casses les deux jambes, ne viens pas en courant pour que je te console ! »

Nul ne sait si une farce plate vous amuse, mais si celle qui précède vous a fait rire, votre organisme a fait le plein d’oxygène, de lymphocytes T et d’endorphines. Ces éléments contribuent à réduire le stress, renforcer le système immunitaire et même atténuer la douleur. Que vous ayez ou non le sens de l’humour, les médecins s’entendent maintenant sur une chose : rire est excellent pour la santé.

À la suite de recherches menées pendant plus de 30 ans depuis la Californie jusqu’en Inde, les hôpitaux ont instauré des programmes de thérapie par le rire dans leur démarche de guérison. Au Centre de bien-être de l’espoir, C’est la vie, de l’Hôpital général juif de Montréal, on organise diverses activités holistiques comme l’art-thérapie, le qi gong, le yoga du rire. Ces activités sont offertes gratuitement à tous les patients montréalais souffrant de cancer.

Le yoga du rire ressemble à la fois au yoga classique et à la comédie. La respiration est importante, mais les postures, pas vraiment ; on rit, mais sans faire de plaisanterie. Le yoga du rire est une thérapie de groupe, qui fait appel au rire naturel, sans qu’on ait recours à l’humour, qui peut être conflictuel ou insultant.

« Certaines plaisanteries peuvent blesser. On peut tous rire sans faire de blagues » selon Tracy Shafter, la responsable du rire au Centre de bien-être de l’espoir.

La session commence par un tour de table où chacun se présente et rit de bon coeur. Tracy demande alors aux participants de tirer des lignes imaginaires de l’un ou l’autre côté de la bouche pour esquisser un sourire ; puis ils doivent se déplacer dans la salle en se serrant la main et en se faisant rire.

Dans les autres exercices, ils doivent converser au téléphone en baragouinant, feindre de consommer un verre de martini, tout en riant à gorge déployée. Entre chaque exercice, l’animatrice fait une pause et déclenche de grands rires à la manière du père Noël, tout en tapant des mains, ceci afin de stimuler les nerfs de la main et de faire travailler les abdominaux. Elle complète par des techniques de respiration plus apaisantes. Pour le dernier exercice, elle demande aux participants de s’étendre sur un matelas et de rire aussi fort et aussi longtemps qu’ils le peuvent.

Cela para t ridicule, mais c’est pourquoi la technique fonctionne. « La première fois que j’ai essayé, j’ai trouvé la chose tellement idiote que ça m’a vraiment fait rire » affirme Johane Chateauvert, une patiente atteinte de cancer, qui a choisi le yoga du rire parmi les thérapies offertes par le centre, afin de rétablir l’équilibre et l’énergie dans sa vie.

« Ça libère, ça permet de faire sortir le stress, sans compter que c’est excellent pour les abdominaux » dit-elle.

Une autre patiente affirme qu’après avoir subi 50 traitements de chimiothérapie et appris que le fils d’une amie était décédé du cancer, le yoga du rire lui a fait « énormément de bien. »

Les thérapies par le rire offertes par le centre se fondent sur les techniques mises au point par Madan Kataria, un médecin généraliste qui a étudié le yoga. Un beau matin de 1995, il a décidé de former un club de rire dans un parc de Mumbai. Les membres du groupe ont commencé par se raconter des blagues, mais en peu de jours, leur répertoire était épuisé ; ils manquaient de blagues convenables. Bien décidé à poursuivre, le Dr Kataria a conçu des exercices de rire, se fondant sur la respiration utilisée dans le yoga et cherchant surtout à faire ressortir les bienfaits du rire sur la santé. Outre en Inde, cette thérapie est maintenant utilisée dans 40 pays.

Catherine Lawrence, une spécialiste du rire de Toronto, a été diagnostiquée d’une maladie respiratoire rare ; elle a recours au rire pour injecter de l’oxygène dans ses poumons. Elle déclare : « En avion, quand l’oxygène est raréfié, j’ai souvent mal à la tête. Je me mets alors à rire ou je prends un livre et fais semblant que c’est drôle. Par la suite, à la lecture, mon niveau d’oxygène est toujours plus élevé. »

La thérapie par le rire associe guérison et mieux-être holistique ; c’est une croyance populaire et plusieurs entreprises y ont recours. Carol Ann Fried, une conférencière spécialiste de la motivation de Vancouver, qui travaille souvent auprès du gouvernement fédéral, parle des bienfaits physiques et émotionnels du rire.

« Quand on rit, la circulation sanguine et la respiration s’accélèrent et la douleur s’atténue. C’est pourquoi on se sent mieux mentalement ; et au plan physique, ça permet d’oublier beaucoup de choses » dit-elle.

Mme Shaftner, qui a perdu sa mère il y a 12 ans des suites du cancer, est sensible aux différents niveaux d’endurance physique des patients ; elle leur rappelle de ne faire que ce que leur corps est capable de supporter. Certains restent assis pendant les exercices, mais tous rient de bon coeur et partent avec le sourire, l’air joyeux.

« Les patients se sentent très seuls quand il reçoivent le diagnostic. Grâce à nos rencontres, ils peuvent se regrouper » déclare Mme Shaftner.

Pour en savoir davantage sur le yoga du rire à Montréal, rendez-vous sur le site healariouslaughter.com [le site de Mme Shaftner] ou communiquez avec le Centre de bien-être de l’espoir, au 514-340-8255.