Quand notre corps devient un allié du cancer

Des scientifiques de l'IR-CUSM identifient un nouveau mécanisme de progression du cancer

Montréal, le 1er juillet 2013 – Notre système immunitaire qui est censé protéger le corps des invasions pourrait agir en traître. En effet, les nouveaux résultats d'une étude, menée par des chercheurs de l'Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (IR-CUSM), révèlent que les globules blancs qui combattent les infections jouent un rôle dans l'activation des cellules cancéreuses et leur propagation vers des tumeurs secondaires. Cette recherche, publiée aujourd'hui dans le Journal of Clinical Investigation, a des répercussions importantes sur le diagnostic et le traitement du cancer.


Dr Lorenzo Ferri (à gauche) et Dr Cools-Lartigue (à droite) en train de regarder, à l'écran, des cellules cancéreuses de l'estomac chez l'humain (Crédits photo : Pierre Dubois, Centre universitaire de santé McGill)

« Nous sommes les premiers à identifier une nouvelle façon dont le cancer se propage », affirme DLorenzo Ferri, auteur principal de l’étude et directeur de la division de chirurgie thoracique et du programme de cancer du système digestif haut au CUSM. « Ce qui est intéressant c’est que des traitements existants utilisés pour des maladies autres que le cancer pourraient prévenir ce mécanisme de propagation du cancer ou les métastases. » Selon Dr Ferri, les prochaines étapes consistent à valider si ces médicaments vont permettre de prévenir et de traiter les métastases du cancer, et ensuite à déterminer la période de temps de traitement et la dose optimales.

Les liens entre l'infection, l'inflammation et les métastases  

« Nous avons été mis sur la piste de cette association lors de notre recherche précédente, qui avait démontré qu'une infection grave après une chirurgie chez les patients atteints de cancer augmente les risques que le cancer revienne sous forme de métastases », explique Dr Ferri, qui est aussi membre agrégé du Centre de recherche sur le cancer Rosalind and Morris Goodman et professeur agrégé du département d’oncologie de l’Université McGill. « Cet indice nous a amenés à nous pencher sur l’étude des cellules qui jouent un rôle dans l'infection, notamment les neutrophiles, c'est-à-dire les globules blancs qui sont utilisés en plus grand nombre par le système immunitaire pour combattre les infections. »


Cellules cancéreuses (en rouge) capturées par les NETs (en vert) qui sont développés par les globules blancs (en bleu). (Crédits photo : Pierre Dubois, Centre universitaire de santé McGill

Le Dr Ferri et ses collègues de l'Université McGill et de l'Université de Calgary ont utilisé des cellules en culture et des modèles de souris atteintes du cancer pour montrer l'existence d'une relation entre l'infection, la réponse des globules blancs (inflammation) et le développement des  métastases. En réponse à une infection, les globules blancs (neutrophiles) produisent des  structures extracellulaires appelés « pièges extracellulaires du neutrophile » (ou NETs pour Neutrophil Extracellular Traps). Les NETs, comparables à une toile d'araignée, capturent et tuent les pathogènes envahisseurs comme les bactéries, par exemple.

« Nous avons démontré que dans le cas d'animaux atteints du cancer et souffrant d'une infection, la toile de neutrophiles (NET) piégeait également les cellules cancéreuses qui circulaient », ajoute Dr Jonathan Cools-Lartigue, premier auteur de l'étude et étudiant postdoctoral des laboratoires LD MacLean Surgical Research à l'Université McGill. « Au lieu de tuer les cellules cancéreuses, ces toiles les activaient et les rendaient plus susceptibles de créer des tumeurs secondaires, également appelées métastases. »

L'absence de NET entraîne de meilleurs résultats 

Les chercheurs ont franchi une étape de plus et ont montré qu'il est possible de rompre la toile de neutrophiles (NETs) à l'aide de certains médicaments. Par ailleurs, chez les souris atteintes de cancer, la croissance tumorale et les métastases étaient réduites de façon considérable après l'administration du médicament. Ces résultats ont été obtenus pour différents types de cancers, ce qui suggère que les NETs pourraient constituer une voie commune qui serait impliquée dans la propagation de nombreux cancers.

« Notre étude apporte une perspective complètement nouvelle dans notre manière d’aborder la propagation du cancer », conclut Dr Ferri « Et, plus important encore, la manière de le traiter. » 

À propos de l’étude :  

Légende : Les cellules cancéreuses qui proviennent du poumon (en rouge sur la vidéo) circulent à travers les globules blancs de type neutrophiles (non visibles) qui ont été stimulés afin d’expulser leur ADN pour former des « pièges extracellulaires du neutrophile » ou NETs (en vert). Ainsi, on peut voir les cellules cancéreuses qui sont prises au piège à l'intérieur des toiles d'ADN. Par la suite, l’ajout d'un médicament brise les NETs et conduit à la libération des cellules tumorales qui étaient piégées.

Crédits vidéo : Dr Lorenzo Ferri et Dr Jonathan Cools-Lartigue

Ces travaux ont été financés grâce à une subvention de l'Institut de recherche de la Société canadienne du cancer.

L'étude, Neutrophil extracellular traps (NETs) sequester circulating tumor cells and promote the development of metastasis a été rédigée par Jonathan Cools-Lartigue (premier auteur), Jonathan Spicer, Stephen Gowing, Simon Chow, Betty Giannias, France Bourdeau, (laboratoires LD MacLean Surgical Research, Département de chirurgie, Université McGill, Montréal); Lorenzo Ferri (laboratoires LD MacLean Surgical Research, McGill et IR-CUSM); Braedon McDonald et Paul Kubes (Calvin, Phoebe and Joan Snyder Institute for Chronic Diseases, Université de Calgary, Calgary). Lien : Article scientifique

 Liens connexes :


Dr Lorenzo Ferri et Dr Jonathan Cools-Lartigue  (cliquez sur l'image pour l'aggrandir et clic droit pour la sauvegarder) :

(Crédits photo : Pierre Dubois, Centre universitaire de santé McGill)

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