À 5 h 30 ce matin, je me suis fait extirpé de mon sommeil par mon réveille-matin qui retentissait comme il l’avait fait tous les matins depuis deux ans. Aujourd’hui cependant, tout me semblait différent. Je ne me préparais pas pour une journée à l’hôpital à traiter les patients et à parfaire mes connaissances; je m’alignais plutôt vers l’aéroport pour amorcer officiellement la période nationale d’entrevues.
Comme je prenais place à bord de l’avion, je pris soudainement conscience que mon voyage n’était pas simplement un quelconque déplacement de plus dans mon parcours de vie. Après tout, je ne partais pas en vacances, ne me rendais pas auprès de ma famille et ne profitais pas d’une formation en médecine; j’allais visiter une ville (plusieurs villes en fait) que j’allais sans doute appeler « mon chez–moi » dans trois mois d’ici. Je ne crois pas avoir pleinement saisi l’ampleur de cette réalité jusqu’à aujourd’hui. Au cours des trois prochaines semaines, j’aurai une journée, et parfois un peu moins, pour déterminer si oui ou non je serais heureux de consacrer les trois à cinq prochaines années de ma vie non seulement dans un programme particulier, mais dans une ville que, dans bien des cas, je n’avais jamais visitée auparavant. Quelle perspective, en effet!!!
Mon entrevue n’est prévue que pour demain. C’est pourquoi je décidai de passer la journée à marcher aux alentours, à visiter les lieux et à apprendre à connaître la région. Je déposé mes bagages à l’hôtel, enfilai mon appareil iPod et pris la route de la découverte. Dans les minutes qui suivirent, je déviai du chemin que j’avais tracé et compte tenu du baromètre qui oscillait à moins 20 degrés Celsius, je sentis le besoin de demander des directions. On m’informa prestement de me « diriger vers l’Ouest sur le chemin Sud » et j’ai tout de suite su que j’étais en difficulté. Je suis convaincu que chaque ville a ses subtilités, mais le chemin Sud ne devrait-il pas à tout le moins longer un axe Nord-Sud? J’étais déterminé à ne pas trop me soucier de ce détail. Je continuai à marcher plus ou moins à tout hasard, lorsque tout d’un coup la chanson « Where the Streets have no Name » de la formation U2 se fit entendre sur mon iPod. C’était la seconde fois de mon histoire que je sentais que cette chanson particulière s’adressait à moi (la première fois étant au Rwanda, mais nous y reviendrons plus tard).
Somme toute, je passai la journée à combattre le froid en m’arrêtant dans un pub toutes les 30 minutes environ pour demander quelque chose à manger ou à boire, puis je me remis à marcher. Je vis beaucoup d’attractions, rencontrai des gens merveilleux, pris en note dans ma tête certains logements très abordables qui se trouvaient dans un décor enchanteur et sentis une très grande satisfaction à savoir qu’en cas de nécessité, je pourrais m’aménager un nid ici (et espérons-le n’importe où).
Maintenant, je suis assis dans ma chambre d’hôtel et je relis certaines remarques dont j’ai pris note en prévision de l’entrevue de demain. Même si je suis apte à faire face aux imprévus, je n’ai pas la confiance de sentir que je peux me permettre d’être mal préparé. Demain est un autre jour. Un nouvel hôpital, une nouvelle entrevue, un nouveau jeu de jugements et, bien entendu, un autre vol vers une autre nouvelle ville et l’entrevue numéro 2.



