Trouver la main qui vous attrape…

« le signe de la véritable passion, c’est qu’on tombe amoureux d’abord, puis qu’on cherche ensuite à comprendre pourquoi. »

Selon l’un des plus célèbres femmes journalistes de tous les temps, Shana Alexander, « le signe de la véritable passion, c’est qu’on tombe amoureux d’abord, puis qu’on cherche ensuite à comprendre pourquoi. » Vous vous demandez probablement quel rapport cette citation a avec le fait d’être un étudiant ou un candidat à la résidence en médecine. Bonne question. Mais la suite vous le dira.La plupart des jeunes dans la vingtaine ont ressenti, à un moment ou l’autre, le choc amoureux. C’est un processus qui consomme beaucoup de temps, de pensée et de réflexion, mais c’est aussi un mouvement instinctif, qui surgit très souvent dès le premier instant de la rencontre. À mon humble avis, le choix d’une carrière en médecine a quelque chose d’analogue.

Aujourd’hui, je vais vous raconter une histoire d’amour. Elle s’est déroulée en octobre 2007, premier mois de mon contact avec la pédiatrie. J’arrivais de ma première rotation clinique (en médicine familiale au Rwanda, je vous en reparlerai un autre jour), pour amorcer ma deuxième rotation à l’Unité des soins intensifs néonatals (USIN). En arrivant sur place, j’ai rencontré le néonatalogiste de service qui m’a assigné mes premiers patients. J’avais passé la soirée précédente à lire des documents sur l’examen du nouveau-né. Je me suis donc dirigé vers le premier patient pour effectuer mon travail.

Robert Sternszus, McGill University, Montreal

Elle pesait tout juste 1,5 kilo et n’occupait guère plus que la moitié du petit incubateur. Après m’être soigneusement lavé les mains, j’ai introduit mes mains pour palper son petit abdomen. Comme je la palpais en douceur pour vérifier si son petit ventre était mou ou ferme, elle a souri. L’espace d’une seconde, j’ai oublié que les nouveau-nés de cet âge ne possèdent pas encore la faculté de sourire spontanément et j’ai eu la conviction qu’elle devait m’aimer. Mais je suis vite revenu à la réalité quand je me suis aperçu que ma délicate manipulation avait facilité le passage d’un petit gaz qui la gênait vraisemblablement depuis un bon moment. J’ai pris mon petit stéthoscope pour écouter son cœur et ses poumons. J’ai dû m’y reprendre à de nombreuses reprises, tellement j’étais distrait par son petit minois. À la fin de l’examen, elle pris mon doigt et l’a serré de toute sa force. D’accord, c’était un réflexe, mais j’étais encore raisonnablement convaincu que nous étions désormais liés.

Je suis ensuite allé examiner d’autres patients. Ils étaient tous très différents, mais l’attachement que j’ai ressenti en quittant chacun était le même. J’étais sur appel cette nuit-là et je n’étais pas malheureux de devoir rester sur place. À dire vrai, je ne voulais pas partir du tout. En plus de traiter les questions médicales qui se sont présentées, j’ai passé du temps à tenir dans mes bras et nourrir mes patients. Je ne voulais pas aller me coucher, je ne voulais pas les quitter. J’étais en train de tomber amoureux.

ans les huit semaines suivantes de ma rotation en pédiatrie et au cours des rotations cliniques électives en pédiatrie, j’ai trouvé une foule de raisons pour justifier ma passion. Aujourd’hui, je me sens aussi confiant et à l’aise avec cette émotion qu’avec les autres sentiments dans ma vie.

Me voilà donc amoureux, attendant de connaître les établissements de formation qui vont décider de m’interviewer et de me donner la chance de poursuivre ma passion. Le grand philosophe britannique Bertrand Russell disait : « C’est facile de tomber amoureux. Ce qui est difficile, c’est de trouver une main qui vous attrape. »