Le CUSM, chef de file au Québec pour le don de rein par un donneur vivant apparenté

Dr. Liane Feldman
Selon la Dre Liane Feldman, chirurgienne du CUSM et professeure adjointe de chirurgie à l'Université McGill, les reins provenant de donneurs vivants sont incontestablement meilleurs que les greffons de cadavres. (Photo : Genevieve Zevort)

Myron Reisler raconte qu'il fête deux anniversaires de naissance, le second étant celui du jour où sa femme lui a donné une deuxième vie.

Myron Reisler a été atteint d'insuffisance rénale à la suite d'un cancer et de dommages causés par le diabète. La dialyse étant imminente, Mary Ann Reisler, femme de Myron depuis 17 ans à l'époque, s'est portée volontaire pour lui faire don d'un rein. « Elle était déterminée à le faire », se rappelle Myron. « Nous sommes chacun le meilleur ami de l'autre. Si la situation avait été inversée, je l'aurais fait pour elle sans hésiter. »

Les analyses de sang et les épreuves de compatibilité initiales ont établi que le couple était compatible. Pour vérifier qu'elle avait la santé nécessaire pour être donneuse, Mary Ann a dû subir toute une batterie d'entrevues, d'examens physiques et psychologiques et un tomodensitogramme abdominal. Pour sa part, Myron a dû perdre plus de 100 livres pour survivre à l'opération. L'aventure du couple Reisler a atteint son point culminant avec la transplantation d'un rein à partir d'une donneuse vivante.

Le CUSM est le leader au Québec en matière de transplantation rénale à partir de donneurs vivants apparentés. Sur les 62 greffes rénales pratiquées chez des adultes en 2005, 20 greffons provenaient de donneurs vivants, soit une hausse de 25 pour cent par rapport à l'année précédente. Au Canada, la première transplantation rénale à partir d'un donneur vivant a eu lieu à l'Hôpital Royal Victoria en 1958. Le couple Reisler se sentait en bonnes mains.

« Je ne vous dirai jamais assez tout le respect que j'ai pour l'équipe et pour son protocole », dit Mary Ann. « Ils sont pleins de considération à la fois pour le donneur et pour le receveur. Ils ont été fabuleux, et la communication a été merveilleuse. » Au CUSM, le nombre de donneurs vivants est en hausse depuis 2000, année où l'établissement a commencé à offrir à des donneurs vivants la néphrectomie par laparoscopie. Cette option moins effractive que la chirurgie ouverte conventionnelle est envisageable dans la plupart des cas et elle entraîne beaucoup moins de cicatrices, de douleur et de temps de convalescence.

« J'estime qu'il faut toujours aller de l'avant pour offrir aux patients des soins médicaux de pointe », explique la Dre Liane Feldman, chirurgienne au CUSM et professeure adjointe de chirurgie à l'Université McGill. « Nous espérons ainsi alléger au maximum le fardeau imposé aux donneurs. »

Les reins de donneurs vivants sont incontestablement meilleurs que les greffons de cadavres. Ils durent presque deux fois plus longtemps, commencent généralement à fonctionner dès la greffe, et les taux de rejet du receveur sont inférieurs. Avantage en prime, les interventions chirurgicales peuvent être programmées de manière élective.

« Les donneurs assument le risque, alors que les receveurs retirent les avantages », dit Liane Feldman. « Nous avons donc le plus grand respect pour les donneurs, et j'estime que nous agissons en conséquence. » Le travail d'équipe est au coeur même du Programme de transplantation rénale à partir de donneurs vivants du CUSM. Chaque cas nécessite une communication multiple entre le personnel infirmier, les médecins, les chirurgiens, les radiologistes, les spécialistes de laboratoire et d'autres encore. Les donneurs candidats sont méticuleusement examinés sur les plans mental et physique.

Les deux interventions chirurgicales ont lieu simultanément. Pour les néphrectomies par laparoscopie faisant appel à des appareils de haute technologie, comme celle de Mary Ann, le donneur est hospitalisé à l'Hôpital général de Montréal et le receveur, à l'Hôpital Royal Victoria. Le rein du donneur étant extrait, un chirurgien spécialisé en transplantation vient le chercher en vue de la greffe.

Le jour de leur opération respective, Myron a laissé Mary Ann à huit heures du matin pour son intervention en lui demandant pour une dernière fois si elle était toujours prête à traverser l'épreuve. « Ce jour a été très chargé d'émotion », observe Myron. « Il y a toujours un élément de risque, même si l'on est convaincu que tout se passera bien. »

Mary Ann, elle, n'a jamais vacillé dans sa détermination. Son intervention chirurgicale s'est bien déroulée, et elle a obtenu son congé de l'hôpital un peu plus de deux jours plus tard. « J'étais très nerveuse à l'idée de le voir », se rappelle-t-elle. « Je ne voulais pas pleurer, mais... quand je l'ai vu, il avait le visage rosé, un teint que je ne lui avais pas vu depuis si longtemps ! »

Le nouveau rein de Myron a commencé à fonctionner immédiatement. « Je me suis réveillé heureux », dit-il. « Les toxines de l'organisme étaient déjà en voie d'évacuation. » Il a quitté l'hôpital six jours plus tard.