Reproduction humaine : problème féminin?

« Malgré toutes les avancées médicales de la procréation assistée ces dix dernières années on se heurte au vieillissement des cellules reproductrices », affirme Dre Patricia Monnier du Centre de reproduction du CUSM. « C’est vrai chez l’homme avec les spermatozoïdes mais ce n’est que la pointe de l’iceberg, le problème majeur reste le vieillissement ovarien chez la femme. » 

Obstétricienne-gynécologue spécialisée en infertilité, elle voit beaucoup trop de patientes avec des problèmes d’hypofertilité (fertilité inférieure à la moyenne), qui pour la majorité seraient liés à l’âge. « Nos chiffres en procréation assistée suivent la nature. » En effet, de nombreuses études ont déjà prouvé qu’au fur et à mesure que l’âge avance, la fertilité diminue avec un premier palier à 35 ans, puis un autre à 38 ans. Et parallèlement, le taux de fausse couche augmente à mesure qu'une femme vieillit. 

Même si Dre Monnier sonne l’alarme sur le vieillissement ovarien, la procréation assistée offre actuellement une palette de traitements de plus en plus large. « L’évolution des connaissances en fécondation in vitro, de pair avec l’amélioration technologique, a permis également l'apparition de la congélation rapide ou “vitrification” des ovules aidant ainsi des femmes qui souhaitent préserver leurs possibilités de grossesse dans les années futures », explique-t-elle. 

Les patientes atteintes de cancer représentent la plus grande majorité des cas de vitrification d’ovules, car certaines chimiothérapies vont altérer la réserve des ovaires. C’est également le cas des personnes avec des maladies auto-immunes comme certains lupus pour lesquels le traitement peut-être toxique pour l’ovaire. Les femmes qui ont des prédispositions génétiques conduisant à une défaillance prématurée de l’ovaire vont aussi être confrontées  à une diminution de leur réserve ovarienne. « Pour les patientes qui font face à une maladie grave, cette démarche est positive et leur permet de se projeter dans le futur », ajoute Dre Monnier. 

Si l’âge des ovaires est un des critères clés de succès, l’aspect psychosocial joue un rôle tout aussi important. Durant les traitements, les recherches prouvent que les couples vivent des émotions extrêmes. « De contents et optimistes, ils deviennent frustrés et tristes, allant même jusqu’à se sentir coupables », explique Dre Janet Takefman, gestion des services psychologiques et services aux patients du Centre de reproduction du CUSM. « Si ça ne marche pas, ils doivent retrouver l’énergie pour recommencer. C’est une aventure éprouvante qu’on peut qualifier de “ montagne russe émotionnelle”. » 

Les mécanismes par lesquels le stress agit sur le système reproductif  ne sont toujours pas clairs. « Il y a cependant, quelques données scientifiques qui montrent qu’une femme qui est très stressée avant une fécondation in vitro va avoir moins de chances de succès par rapport à une femme qui est plus détendue », affirme Dre Takefman. 

Dre Monnier pointe du doigt la consommation de tabac, d’alcool ou de drogues dites douces qui diminue fortement la fertilité chez la femme. Ainsi les patientes exposées à la fumée secondaire de l’entourage mettent plus de temps à obtenir une grossesse spontanément et ont 50 % moins de chances d’implantation après fécondation in vitro que les patientes non exposées. L’autre facteur de risque est l’obésité, un problème majeur de santé publique. Les études rapportent que les femmes obèses auraient trois fois plus de risques d’infertilité que les femmes affichant un poids santé. 

 « Quand une patiente obèse avec une dystrophie ovarienne maigri, elle a 90 % de chances d’ovuler toute seule. Je n’obtiens ce résultat avec aucun autre traitement », conclut Dre Monnier.  «  Sans aucun doute, le mode et la qualité de vie ont une influence beaucoup plus grande que les gens ne le pensent sur la fertilité. La science peut aider, mais au final, les femmes ont aussi leur rôle à jouer ! »