Reproduction humaine : problème masculin ?

L'urologue, Dr Peter Chan, tire la sonnette d’alarme en matière de santé reproductive chez les hommes.

Comme beaucoup de femmes, les hommes reportent la paternité après 35 ans. Même si on a toujours cru que seules les femmes devaient s’inquiéter de la viabilité de leurs ovules en vieillissant. Le Dr Chan, qui dirige le programme de santé reproductive des hommes du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), souligne que les hommes doivent se préoccuper tout autant de leur horloge biologique. « La quantité et la qualité du sperme se détériorent avec l’âge », précise-t-il. « L’âge peut contribuer à l’infertilité ou, dans certains cas, à la naissance d’enfants ayant des problèmes génétiques héréditaires, comme le syndrome de Down, l’autisme, la schizophrénie, l’hémophilie A ou bien la dystrophie musculaire de Duchenne. »

 Le Dr Chan ajoute que d’autres facteurs contribuent à l’infertilité masculine. « On constate une augmentation des malformations génitales chez les nourrissons et des cas de cancer des testicules chez les hommes de 18 à 35 ans. »

 Le mode de vie et les toxines dans l’environnement sont également sources d’inquiétude. La fumée du tabac est toxique pour la santé du sperme, qu’elle soit inhalée par un fumeur ou sous forme de fumée secondaire. Toute une série d’ingrédients contenus dans les produits capillaires, les plastiques, les pesticides, les peintures et les graisses mécaniques peuvent également nuire à la fertilité masculine. L’exposition excessive à la chaleur en milieu de travail, ou même lorsqu’elle provient d’un ordinateur portable déposé sur les cuisses, peut compromettre la fonction testiculaire et détériorer le sperme.

 Une récente étude fait état de la dégradation continue de la qualité du sperme humain entre 1938 et 1990. « On ne sait pas si cette dégradation est le résultat de l’infertilité croissante des hommes ou si les patients et leur médecin y font plus attention », explique-t-il. «  Quoi qu’il en soit, de nombreux hommes découvrent qu’ils sont incapables de procréer. »

Le Dr Chan rassure les hommes et leur partenaire à ne pas désespérer s’ils sont aux prises avec des difficultés. Il se concentre plutôt sur les bonnes nouvelles. « On observe des avancées considérables depuis vingt ans, y compris l’augmentation des chances de fertiliser un ovule avec un seul spermatozoïde en santé ». Il est un des chefs de file concernant quelques-unes des découvertes et des techniques pour aider les hommes qui espèrent devenir pères, notamment ceux qui ont dû avoir des traitements de radiothérapie et de chimiothérapie contre le cancer.

Malgré ces progrès remarquables dans l’identification des causes et le traitement de l’infertilité masculine, le Dr Chan nous encourage tous à adopter une démarche plus proactive, à commencer par inciter les hommes à faire évaluer leur fertilité en premier. « Il est beaucoup plus simple, plus rapide et moins contraignant d’évaluer la fertilité de l’homme que celle de la femme. »

Il est également persuadé que nous pouvons avoir des effets constructifs sur les causes de l’infertilité masculine en évitant les facteurs de risque les plus courants, le tabagisme, le stress, l’obésité et les drogues, et en ayant des rendez-vous réguliers chez le médecin. Son appel à l’action dépasse toutefois la simple adoption d’un mode de vie sain. Il admet la nécessité de comprendre et de faire connaître les conséquences des toxines de l’environnement sur la santé et sur la fertilité masculine. « En qualité de citoyens éclairés, nous pouvons exercer des pressions sur le gouvernement pour que des données scientifiques solides stimulent des politiques saines », affirme-t-il, citant l’interdiction du bisphénol A (un composé du plastique) au Canada et aux États-Unis. Selon le Dr Chan, les pressions exercées sur les politiciens peuvent apporter des changements positifs.

Il souhaite également que les gens se mettent à parler des problèmes de santé masculins sans embarras. « Plus nous discutons ouvertement de la santé des hommes avec nos amis et notre famille », explique le Dr Chan, plus nous briserons les tabous et pourrons régler directement les problèmes qui nuisent à la fertilité et au bien-être général des hommes. »