Nouvelle maladie découverte grâce à l'analyse génétique de quelques patients ayant un problème de santé non diagnostiqué

Publiée aujourd’hui dans The American Journal of Human Genetics

Une équipe de recherche internationale, à laquelle participaient des scientifiques de l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (IR-CUSM), a identifié une nouvelle maladie liée à l’incapacité d’assimiler la vitamine B12. Cette découverte est importante, car elle pourrait aider les médecins à diagnostiquer la maladie et un jour, à la prévenir ou la traiter. La découverte, publiée aujourd’hui dans The American Journal of Human Genetics, illustre le secteur complexe et relativement nouveau des recherches médicales sur le patrimoine génétique des patients, afin de déterminer les anomalies responsables d’une maladie.

Max Watson« Nos collègues de l’université du Colorado, qui ont dirigé cette étude, nous ont informés du cas de Max, un garçon de 9 ans qui était leur patient au campus médical Anschutz d’Aurora aux États-Unis », explique le docteur David Rosenblatt, coauteur de l’étude et chercheur en génétique médicale et en génomique à l’IR-CUSM. À la naissance, Max présentait des symptômes évocateurs d’un rare problème génétique de la vitamine B12, le déficit en cobalamine C, ou cblC, qui peut causer de graves problèmes de santé, comme un retard de développement, l’épilepsie, l’anémie, un accident vasculaire cérébral, la psychose et la démence. On peut lire le témoignage de Max en visitant le www.maxwatson.org, et sur Facebook au www.facebook.com/maxwatsontrust.

Cependant, les symptômes de Max semblaient trop graves même pour un déficit en cblC. Les médecins ont d’ailleurs vu leurs soupçons confirmés lorsque les tests génétiques ont révélé que Max n’était pas porteur de la mutation de cette maladie. « Une fois toutes nos données regroupées, nous avons constaté que 16 autres personnes dans le monde partageaient le profil de Max », ajoute le docteur Rosenblatt, titulaire de la chaire en génétique médicale Dodd Q. Chu et famille du département de génétique humaine de l’Université McGill. 

Avec l’accord des parents de Max, qui ont collaboré à l’étude en sachant que les résultats aideraient probablement leur fils, mais peut-être aussi de futurs patients, une équipe de chercheurs dirigée par monsieur Tamin Shaikh, détenteur d’un doctorat et généticien à l’université du Colorado, a fait appel au séquençage génétique de prochaine génération pour fouiller dans l’ADN de Max. Ils ont comparé ses gènes à ceux des autres patients qui ne correspondaient pas au modèle de cobalamine C. Tous ces patients étaient porteurs de mutations qui n’avaient jamais été identifiées auparavant. Le problème provenait des défectuosités d’un gène conçu pour contrôler le fonctionnement d’une enzyme qui contribue à métaboliser la vitamine B12

Les chercheurs ont finalement donné un nom à la maladie de Max : cobalamine X, or cblX, ainsi désignée parce qu’elle se manifeste sur le chromosome X et ne touche donc que les sujets de sexe masculin. « Cette étude fait ressortir l’importance croissante des progrès de la technologie génomique, qui permet de séquencer des fragments du génome humain, afin de déceler les causes génétiques sous-jacentes des maladies », déclare monsieur Shaikh, auteur principal de l’étude et professeur agrégé au département de pédiatrie de l’université du Colorado. 

« Cette découverte permettra de bien diagnostiquer ce grave problème génétique et changera le type de conseils génétiques offerts à ces familles, puisqu’on sait désormais qu’il est lié au X, précise le docteur Rosenblatt. Elle contribue également à expliquer le fonctionnement de la vitamine B12 dans l’organisme, même chez les personnes épargnées par ce problème. » Il faut maintenant déterminer comment les mutations du gène suscitent les symptômes observés chez les patients présentant une cblX, dans l’espoir de mieux comprendre la maladie et un jour, de l’éradiquer ou la traiter.

La vitamine B12, qu’on appelle également cobalamine, est essentielle à la santé humaine parce qu’elle aide l’organisme à convertir les aliments en énergie. Elle est indispensable au sain fonctionnement du système nerveux humain et à la synthèse des globules rouges. Incapable de produire lui-même la vitamine, le corps humain doit le tirer d’aliments d’origine animale, tels que les produits laitiers, les œufs, la viande rouge, le poulet, le poisson et les fruits de mer, ou de suppléments vitaminiques. Les légumes ne contiennent pas de vitamine B12.

 

Financement

Ces travaux ont été financés par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), le Fonds national suisse de la recherche scientifique, les National Institutes of Health (USA), le Colorado Intellectual and Developmental Disabilities Research Center et le programme de recherche intramuros du National Genome Research Institute des États-Unis.

 

Partenaires de recherche

Les coauteurs de l’étude étaient Hung-Chun Yu (auteur principal), Gunter Scharer, Anita Quintana, Curtis Coughlin II, Elizabeth Geiger, Una Schneck, Johan VanHove et Tamin Shaikh de la faculté de médecine de l’université du Colorado; Jennifer Sloan, Nathan Achilly, Irini Manoli, et Charles Venditti du National Human Genome Research Institute, NIH; Terttu Suormala, Matthias Baumgartner et Brian Fowler de l’Hôpital universitaire pour enfants de Zurich, en Suisse; et Alison Brebner, David Watkins et David Rosenblatt de l’Université McGill et de l’IR-CUSM.

L’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (IR-CUSM) est un centre de recherche de réputation mondiale dans le domaine des sciences biomédicales et des soins de santé. La recherche y est organisée selon onze axes. Établi à Montréal, au Québec, Canada, l'Institut est la base de recherche du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), affilié à la Faculté de médecine de l’Université McGill. L’Institut compte plus de 600 chercheurs, plus de 1 200 étudiants diplômés, postdoctoraux et associés qui se consacrent à un large éventail de domaines de recherche fondamentale et clinique. Plus de 1 800 études cliniques sont menées dans ses hôpitaux chaque année. L’IR-CUSM est soutenu en partie par le Fonds de recherche du Québec – Santé (FRQS). www.cusm.ca/research/

Fondée à Montréal, au Québec, en 1821, l’Université McGill se classe comme chef de file parmi les universités canadiennes. L’Université compte deux campus, 11 facultés, 11 écoles professionnelles, 300 programmes d’études et plus de 37 000 étudiants, dont 8 300 étudiants diplômés. Elle accueille au-delà de 7 200 étudiants étrangers, originaires de 150 pays, qui composent près de 20 pour cent de sa population étudiante. Près de la moitié de ses étudiants, dont plus de 6 200 francophones, ont une langue maternelle autre que l’anglais. www.mcgill.ca 

Les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) sont l’organisme du gouvernement du Canada chargé d’investir dans la recherche en santé. Leur objectif est de créer de nouvelles connaissances scientifiques et d’en favoriser l’application en vue d’améliorer la santé, d’offrir de meilleurs produits et services de santé et de renforcer le système de santé pour les Canadiens. Composés de 13 instituts, les IRSC offrent leadership et soutien à plus de 14 100 chercheurs et stagiaires en santé dans tout le Canada. www.cihr-irsc.gc.ca/f