On l'appelle le surhomme

—Randy Brown, deux fois survivant du cancer : une histoire de persévérance, d’acceptation et de gratitude





« Mon dernier bon marathon a été celui d’Ottawa en 2012, et c’est en pleurant que j’ai franchi le fil d’arrivée », dit Randy Brown, âgé de 52 ans, qui à l’époque  avait gagné son combat contre le cancer de la gorge. Il a terminé le marathon en 3 heures et 20 minutes, ce qui lui permettait de réaliser un grand rêve : se qualifier pour le marathon de Boston.

« L’année suivante, à Boston, nous habitions une maison de grès rouges tout près du marathon. Nous étions euphoriques, poursuit Randy Brown. J’étais convaincu de pouvoir courir le marathon en trois heures. Mais au bout de 20 km, je constatais que quelque chose n’allait pas. J’ai terminé la course en 4 heures et 2 minutes, ce qui signifiait que je ne pourrais pas revenir l’année suivante. Vingt minutes après mon arrivée, la bombe a éclaté. »

Pour Randy Brown, le marathon de Boston de cette année-là lui aura sauvé la vie, car dès son retour à Montréal, il a pris rendez-vous avec un de ses médecins du Centre universitaire de santé McGill (CUSM). Dans les 24 heures, on a diagnostiqué une pneumonie double et un cancer du poumon. Il avait une tumeur maligne de 3 cm.

Affronter le cancer

Randy Brown est un solide gaillard qui au cours des 20 dernières années, a travaillé comme entrepreneur. Il doit son corps d’athlète à sa longue pratique de la course. Il a toujours adoré la menuiserie, un hobby qu’il a appris de son père. À la blague, il dit qu’il n’aurait jamais pu être un top modèle en raison des nombreuses petites blessures qu’il a subies au travail. Avec son attitude empreinte à la fois de douceur et de vitalité, il a le sourire facile et dégage l’image de celui qui n’est jamais à court de travail et de projets. Le bouche à oreille de ses clients suffit à le tenir constamment occupé.

«  Lorsqu’on m’a annoncé que j’avais un cancer de la gorge de stade IV, après que j’aie été incapable d’avaler mon repas un soir, j’ai pris la nouvelle non pas comme un problème à affronter, mais comme un défi à relever. Plutôt que de penser à ce qui val mal lorsque je me lève le matin, je pense à ce qui va bien. »

Une fois terminés ses traitements et la chirurgie pour traiter son cancer, il s’est remis à la course. « Je courais presque un marathon tous les jours, sauf le dimanche, car ce jour-là, mon épouse cachait mes souliers de course, dit Randy Brown. Pour moi, courir était une psychothérapie. Je me levais à 3 heures du matin et je partais courir. »

Lorsqu’il a reçu un diagnostic de cancer du poumon, il a eu la même réaction que lors du premier diagnostic… il a gardé son calme, prêt à relever le défi. On lui a enlevé la partie inférieure de son poumon gauche ainsi que cinq ganglions lymphatiques, puis il a eu droit aux traitements de radiothérapie et de chimiothérapie. Toujours, il a gardé une attitude positive, apportant des muffins au personnel soignant, gardant le sourire et son sens de l’humour. Aujourd’hui, il court toujours au petit matin, mais sur de moins longues distances et pas aussi souvent. Mais Randy et son épouse ont constaté que s’il affichait toujours son attitude positive à l’extérieur, il avait tendance à se renfrogner une fois revenu à la maison. « Alison me disait que j’avais le sourire facile devant tout le monde, mais qu’à la maison, j’avais l’air déprimé, souligne Randy, qui est marié depuis 28 ans et qui a des jumeaux (un garçon et une fille) âgés de 19 ans et un fils âgée de 22 ans. Je me sentais coupable, mais je n’y pouvais rien. »

Composer avec les conséquences psychologiques

Malgré son attitude positive face à la vie et son amour de la course, Randy Brown vit parfois des journées sombres. Il vit avec une douleur permanente suite à la chirurgie à la gorge et ne peut manger que des aliments qui ont la consistance de la compote de pommes, le manque de salive l’oblige à boire constamment, même au milieu de la nuit, et la pensée que le cancer peut récidiver et qu’il ne soit plus jamais capable de courir est toujours présente.  

« C’est pourquoi j’ai commencé à consulter le Dr Marc Hamel, directeur du programme d’oncologie psychosociale au CUSM, explique Randy Brown. Je le vois toutes les deux semaines, parfois avec mon épouse, parfois seul. Il s’inquiète des risques de dépression et dès lors, il tient à me suivre sur une base régulière. C’est une bonne chose, car cela me permet de me défouler et d’exprimer ma colère et mes émotions au moment même où je les ressens. C’est la meilleure chose qui nous soit arrivée à mon épouse et à moi. »

La joie de redonner aux autres

Randy Brown a beaucoup reçu du CUSM et ne se fait pas prier pour redonner aux autres chaque fois qu’il le peut. Il remercie tous ceux qui ont participé aux soins d’une qualité exceptionnelle qu’il a reçus pour chacun de ses deux cancers, et parmi ces personnes, il a une attention toute spéciale pour  celle qui a été son infirmière principale, Elizabeth Blouin, infirmière-pivot en oncologie à la clinique du cancer de la tête et du cou.

« Elizabeth a été là pour moi jour et nuit, dit Randy Brown. Elle  a même donné son numéro de téléphone personnel à mon épouse Alison. Elle était mon quart-arrière : elle s’est occupée de tout, de chaque pilule que je devais prendre, et elle s’est assurée que je puisse avoir accès aux meilleurs médecins. Je ne sais pas comment elle a fait tout cela. Dès que je pense à elle, les larmes me montent aux yeux.

Dès lors, lorsque les infirmières ou les médecins demandent à Randy Brown s’il peut témoigner de son expérience devant d’autres personnes atteintes de cancer, il est toujours partant. Un jour, alors qu’il s’entretenait avec une personne, une femme qui l’entendait raconter son histoire avait remarqué qu’il portait un blouson du marathon de Boston. Elle a alors dit à Randy que sa fille était l’épouse d’un des directeurs de la Boston Athletic Associations et qu’elle verrait si elle pouvait faire en sorte qu’il reçoive une invitation pour le marathon.

La semaine dernière, Randy Brown est retourné au marathon de Boston. Il a dû faire une partie du trajet en marchant et s’arrêter une fois pour prendre de l’oxygène. Lorsqu’on lui a conseillé d’abandonner, il a refusé, mentionnant que son épouse l’attendait au fil d’arrivée.  

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