Alzheimer, les chercheurs redoublent d'efforts

« Je cuisine parfois pour mes amis. J’adore cuisiner », affirme Betty, charmante et coquette septuagénaire avec ses cheveux blancs et ses lèvres rouge vif. Betty a le sens de l’humour et adore jaser.

« Ça fait longtemps », chuchote Clarence, son mari depuis 53 ans.

« Ça fait longtemps que j’ai cuisiné? C’est ridicule! », répond-elle, contrariée.

« Oui… ça fait des années… », lance-t-il.

C’est le genre de conversation qu’a souvent Clarence avec sa femme depuis qu’elle a commencé à avoir des pertes de mémoire, l’un des premiers signes de démence. Betty a reçu un diagnostic de maladie d’Alzheimer il y a trois ans.

SMTr

Les chercheuses Lisa Koski et Rishanthi Sivakumara procèdent à la stimulation magnétique transcrânienne répétée (SMTr) sur un des participants de l'étude. L’intervention est non-invasive et totalement inoffensive.

Le médecin de Betty l’a récemment référée vers le laboratoire de Lisa Koski, scientifique à l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (IR-CUSM) pour participer à un projet de recherche sur la stimulation magnétique transcrânienne répétée (ou SMTr). Le laboratoire de TMS est le seul établissement du Québec à recruter des participants atteints de la maladie d’Alzheimer au stade précoce ou modéré pour qu’ils participent à un essai clinique multicentrique dirigé par Zahra Moussavi, de l’Université du Manitoba (U du M).

« La SMTr est une technique médicale non invasive et indolore mise au point à la fin des années 80 qui a fait ses preuves dans le traitement des dépressions sévères  », explique Mme Koski, qui est également neuropsychologue au CUSM et professeure agrégée au département de neurologie et de neurochirurgie de l’Université McGill. « Les chercheurs étudient les moyens d’utiliser la SMTr pour traiter diverses maladies ou affections comme les accidents vasculaires cérébraux, la maladie de Parkinson ou la sclérose en plaques. Nous espérons l’utiliser pour ralentir l’évolution de la maladie d’Alzheimer chez les patients qui en sont au stade précoce ou modéré. »

La maladie d’Alzheimer est un trouble neurodégénératif qui touche plus de 46 millions de personnes dans le monde. C’est une maladie irréversible qui détruit les cellules cérébrales et qui se caractérise par un déclin cognitif et des pertes progressives de mémoire. Chacune des personnes est atteinte différemment. Il est difficile de prédire les symptômes, l’ordre de leur apparition ou le rythme de leur progression.

Betty a rencontré l’équipe de Mme Koski, pour se faire évaluer. Depuis, elle vient tous les jours de la semaine et s’assoit sur ce qui ressemble à un fauteuil de dentiste pour se soumettre à une séance de STMr de 20 minutes. L’intervention est complètement inoffensive, mais plutôt bruyante – le bruit est comparable à celui d’une lampe antimoustiques. Ses effets seront évalués pendant la STMr et jusqu’à six mois après la fin du protocole.

« Le traitement, qui n’a rien d’invasif, donne un peu l’impression qu’on se fait tapoter la tête pendant quelques minutes », explique la Dre Rishanthi Sivakumaran, qui est adjointe de recherche dans le laboratoire de TMS et qui s’occupe quotidiennement de l’intervention auprès de Betty. « Une simple spirale de métal est posée sur le cuir chevelu du patient envoie une impulsion électrique de façon répétitive à la surface du cerveau, ce qui stimule l’activité des neurones. »

Des images du cerveau de Betty

Des images du cerveau de Betty s'affichent à l'écran de l'ordinateur et permettent aux chercheurs de bien placer la spirale de métal pour effectuer la SMTr dans les zones voulues

Betty est l’une des huit patients qui participent au volet montréalais de cet essai clinique.  Mme Koski et son équipe planifient de recruter 100 participants pour compléter leur étude. Ce projet de recherche est la première grande étude aléatoire avec placebo conçue pour mesurer l’efficacité de la STMr comme traitement de la maladie d’Alzheimer. Ainsi, les participants sont divisés en divers groupes : ceux qui reçoivent l’intervention STMr et ceux qui reçoivent un placebo (intervention sans effets), dans le cadre d’une procédure qui dure de deux à quatre semaines.

Ce projet repose sur les résultats prometteurs d’un projet pilote antérieur réalisé par la chercheuse Zahra Moussavi, détentrice de la Chaire de recherche du Canada en génie biomédical à l’U du M, avec des personnes atteintes du stage précoce de la maladie d’Alzheimer.

« Même si la communauté scientifique a redoublé d’efforts dans la recherche sur l’Alzheimer ces dernières années, nous ne savons toujours pas comment prévenir ou arrêter la progression de la maladie, dit Mme Koski. C’est un diagnostic dévastateur non seulement pour la personne atteinte, mais également pour ses proches. Un groupe de chercheurs montréalais sont en train d’évaluer la piste d’un potentiel traitement visant à prévenir la démence, mais pour les personnes qui sont déjà affectées, tout effort pour ralentir ou stabiliser la maladie représente un pas en avant. »

Bien que cette étude semble prometteuse, la recherche demeure à un stade très préliminaire. Betty et Clarence en ont conscience et n’ont qu’une seule attente pour l’instant: contribuer à faire progresser la recherche sur cette maladie fatale qui touche un Canadien sur 11.

« Nous ne sommes pas à la recherche d’un miracle. Nous tentons de contribuer le plus possible à ce programme de recherche dans l’espoir d’aider un jour d’autres personnes», confie Clarence.

L’essai clinique multicentrique est mené par l’université du Manitoba, en collaboration avec le Centre universitaire de santé McGill au Québec et l’université Monash en Australie. Ce projet de recherche est rendu possible grâce au financement du Weston Brain Institute. L'équipement de SMTr dans le laboratoire de Mme Koski a été acquis grâce au généreux soutien financier des Auxiliaires de l’Hôpital général de Montréal du CUSM.

Si vous voulez en savoir plus sur les recherches de Lisa Koski, consultez la page koskilab.mcgill.ca, en anglais.

Pour en savoir plus sur l’essai clinique sur la stimulation magnétique transcrânienne répétée, téléphonez à la docteure Rishanthi Sivakumaran, au 514-934-1934, poste 34439, ou écrivez-lui, à rishanthi [dot] sivakumaran [at] rimuhc [dot] ca (rishanthi [dot] sivakumaran [at] rimuhc [dot] ca).

 

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