Nous vous présentons votre nouveau PDG : le Dr Pierre Gfeller

Par Gilda Salomone

Je rencontre le Dr Pierre Gfeller le 27 avril, dans une salle du Centre de ressources McConnell, au site Glen, quelques jours seulement après l’annonce de sa nomination au poste de président-directeur général du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) et environ un mois avant son entrée en fonction.

D’entrée de jeu, il prend le temps de faire un brin de jasette avec au moins 30 personnes, des médecins, des chercheurs, des étudiantes infirmières, et d’autres. Il leur demande leur nom complet, ce qu’ils font, s’ils aiment leur travail. « On aura l’occasion de se reparler bientôt », leur lance-t-il à la fin, avant d’entamer sa première entrevue à titre de nouveau leader du CUSM.

L’HOMME

GS : Parlez-nous un peu de vous.

PG : Je suis né à Saint-Jean-sur-Richelieu et j’ai grandi à Montréal, dans le quartier Rosemont. Mon père était un immigrant suisse allemand arrivé au Canada en 1952 et ma mère, une Québécoise francophone. J’ai fait mes études à Montréal et puis j’ai eu la chance d’être admis à la Faculté de médecine de l’Université McGill en 1975. À la fin de mes études en 1980, j’ai décidé de faire mon internat à l’Hôtel-Dieu de Montréal, à l’Hôpital du Sacré-Cœur et à Sainte-Justine. C’est là que j’ai rencontré ma femme, qui est aussi médecin de famille. Nous avons trois enfants, maintenant adultes, deux garçons et une fille, qui est elle-même médecin.

GS: Qu’est-ce qui vous passionne dans la vie?

J’aime le monde et j’aime quand il y a de l’action !

PG: : J’aime le monde et j’aime quand il y a de l’action! Un de mes grands plaisirs comme leader est de me promener et de rencontrer notre personnel, nos patients, les médecins et les bénévoles. J’aime visiter les unités, les salles d’urgence, les soins intensifs, dire bonjour aux gens et apprendre à les connaître. J’accorde beaucoup d’importance au climat qui prévaut dans l’organisation. Je suis vraiment heureux d’avoir de nouveau la chance de travailler dans les deux langues après tant d’années dans des milieux francophones.

GS: Un détail personnel que vous aimeriez partager avec nous ?

PG:  Je m’intéresse beaucoup à l’origine des noms de famille. Cela me permet de mieux connaître les personnes et l’histoire de leur famille.

GS: Quelles sont vos valeurs les plus chères ?

PG: Tout d’abord, je suis un humaniste. C’est donc dire que je me préoccupe avant tout des humains. Si je devais vivre dans une autre époque, j’aurais aimé vivre à Florence, berceau de l’humanisme, pendant la Renaissance.

Deuxièmement, le respect m’apparaît essentiel aussi bien entre les individus, quels qu’ils soient, les groupes et les partenaires. J’insiste beaucoup là-dessus, car le respect est un lubrifiant social qui facilite la résolution de problèmes difficiles. Quand le respect prévaut, vous pouvez être en désaccord sans entrer en conflit.

Troisièmement, je tiens à l’équité, ou ce qu’on appelle fairness en anglais. Il y a des individus et des groupes qui ont plus de besoins que d’autres, même s’ils ne l’expriment pas nécessairement, en santé mentale, par exemple. Nous devons tenir compte des besoins réels des personnes et de la population dans l’organisation des services et la distribution des soins.

Finalement, je crois à la poursuite de l’excellence et de l’innovation, une valeur particulièrement importante dans une institution comme le CUSM, dont la mission est avant tout d’offrir des services tertiaires et quaternaires, c’est-à-dire spécialisés et ultra spécialisés, à l’ensemble de la population de Montréal et de l’ensemble du Québec. Il est donc important de bien faire les choses et d’innover, aussi bien dans les services cliniques qu’en enseignement, en recherche et en gestion.

LE MÉDECIN

GS : Parlez-nous de votre vocation pour la médecine.

PG : J’ai toujours voulu être médecin. À trois ans, j’étais déjà impressionné par notre médecin de famille qui venait à la maison et qui avait le pouvoir de guérir.

GS : Comment s’est déroulée la transition de médecin à gestionnaire?

PG : J’ai pratiqué la médecine pendant 15 ans avant de m’engager tout d’abord à temps partiel dans l’administration. J’ai été chef de département et aussi président du Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens, mais j’ai toujours pensé que de la même façon qu’on étudie pour devenir médecin, on doit étudier pour devenir gestionnaire. Je suis donc retourné aux études tout en continuant à pratiquer la médecine, et j’ai complété simultanément une maîtrise en administration des affaires de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et un MBA pour cadres de l’Université de Paris-Dauphine.  Au fil des ans, j’ai travaillé partout au Québec, à la fois comme directeur médical, directeur général, médecin examinateur et directeur médical de l’Agence de la santé des Laurentides. En 2012, je suis devenu directeur général de l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal et, trois ans plus tard, PDG du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Nord-de-l'Île-de-Montréal, qui est une organisation aussi grande que le CUSM, mais qui possède des éléments de mission différents.

GS : Quelle est votre vision des soins de santé au Québec?

PG : Je connais bien le réseau québécois, et à mon avis, l’objectif de notre système de santé et de services sociaux devrait être de soutenir les individus, les familles, les groupes et les communautés afin qu’ils améliorent leur bien-être et leur santé pour pouvoir mener une vie active et enrichissante.

Comme le professeur Henri Mintzberg, je suis convaincu que les problèmes complexes que l’on retrouve dans une institution de santé peuvent être plus facilement résolus avec la participation de quatre groupes d’acteurs :

La « Communauté » (soit le Conseil d’administration, les patients et leurs familles et les groupes représentant le public et le Conseil d’administration) ; les médecins (« Cure ») ; les infirmières et les autres professionnels (« Care ») ; et les gestionnaires (« Control »).

Au cours des prochaines années, c’est le modèle que nous essaierons de suivre.

LE GESTIONNAIRE

Je favorise une gestion participative par laquelle une grande partie des décisions sur les soins doit émaner de la base soit de nos employés, des professionnels et des médecins, qui, puisqu’ils sont en contact quotidien avec nos patients et leurs familles, connaissent le mieux la réalité du terrain.

GS: Comment vous définissez-vous en tant que gestionnaire ?

PG:Je favorise une gestion participative par laquelle une grande partie des décisions sur les soins doit émaner de la base soit de nos employés, des professionnels et des médecins, qui, puisqu’ils sont en contact quotidien avec nos patients et leurs familles, connaissent le mieux la réalité du terrain.

J’essaie d’appliquer au quotidien cinq principes de gestion :

  1. « Les patients d’abord. » Tout le monde est important dans une organisation comme la nôtre, mais dans l’ordre suivant:
    1. Les patients;
    2. L’institution et ses partenaires associés. Au CUSM, il s’agit de l’Université McGill et de sa Faculté de médecine, et des fondations;
    3. Les groupes ou les équipes;
    4. Les individus.
  2. La transparence. Dans une grande organisation, les parties intéressées ont parfois des intérêts divergents, et il est donc impossible de satisfaire tout le monde tout le temps. Le processus décisionnel doit permettre de tenir compte de ce que les personnes ont à dire et, une fois la décision prise, elle doit être expliquée.
  3. La collaboration. Les personnes qui œuvrent dans l’organisation et à son pourtour doivent être engagées et travailler ensemble à l’atteinte d’objectifs communs.
  4. Le partenariat. Une institution comme le CUSM ne peut tout faire toute seule. Elle doit donc tisser des liens avec d’autres organisations, des groupes et des individus afin de pouvoir se concentrer sur sa mission et d’assurer l’accès aux soins et une meilleure fluidité dans l’organisation des services. Parmi nos partenaires, on retrouve entre autres les Centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux (CIUSS) de la grande région de Montréal, les établissements du RUIS de McGill, les médecins de famille œuvrant en première ligne, les groupes qui s’intéressent aux questions de santé et l’ensemble de la communauté.
  5. L’atteinte des résultats. Il s’agit ici de nous assurer que les ressources que nous consacrons aux soins et services, à l’enseignement, à la recherche rapportent les résultats escomptés et satisfassent les autorités ministérielles en ce qui a trait à l’entente de gestion annuelle dont nous avons convenu ensemble.

LE VISIONNAIRE

GS: Quelles sont vos ambitions pour le CUSM ?

Le CUSM me semble prêt pour un nouveau départ.

PG: Le CUSM me semble prêt pour un nouveau départ. Malgré certaines difficultés vécues au cours des dernières années, le CUSM demeure une institution porteuse d’une grande tradition, et qui offre à ses patients des soins spécialisés et surspécialisés de grande qualité. Plusieurs de ses secteurs sont à l’avant-garde internationale. Dans plusieurs spécialités, nos services cliniques, tout comme nos activités d’enseignement et de recherche, sont de classe mondiale. J’aimerais donc que, étape par étape, nous restaurions la confiance entre les différents acteurs, la conviction d’un avenir prometteur et la fierté.

Il est clair que le CUSM doit garder sa personnalité propre, sa tradition et son histoire, mais je crois qu’on gagnerait à l’intégrer un peu plus dans le réseau de santé montréalais et québécois et à faire valoir son expertise en soins tertiaires et quaternaires à l’extérieur du réseau McGill.

J’estime qu’il serait aussi avantageux d’amorcer des discussions avec nos amis du RUIS de l’Université de Montréal et, en particulier, du CHUM de Sainte-Justine, et avec les autres CHU et RUIS parce que notre compétition ne se trouve pas pas de l’autre côté de la montagne, mais plutôt à Toronto, à Boston, à Cambridge et à Oxford, et, bientôt, en Chine.

J’aimerais également m’assurer que le terreau soit assez fertile pour que l’innovation et l’excellence puissent non seulement persister, mais prospérer au CUSM avec comme objectif ultime d’améliorer la qualité des services et la satisfaction de la clientèle.

Je reviens à l’endroit où j’ai commencé et je suis vraiment heureux et enthousiaste à l’idée de travailler avec la communauté du CUSM

GS: Vous avez quitté l’Université McGill et conséquemment les hôpitaux du CUSM à la fin de votre résidence, il y a de nombreuses années. Avec votre retour, peut-on dire que la boucle est bouclée ?

PG: : Absolument. Je reviens à l’endroit où j’ai commencé et je suis vraiment heureux et enthousiaste à l’idée de travailler avec la communauté du CUSM pour continuer à offrir des soins de la meilleure qualité à la population de Montréal et du Québec, un enseignement de haut niveau à nos étudiants et de la recherche de niveau mondial.

 

Les cent premiers jours du Dr Gfeller

Juin : rencontrer le Conseil d’administration, les cadres supérieurs, les représentants de la Faculté de médecine de McGill,  les représentants des patients et des employés, les chefs de départements médicaux, la direction de l’Institut de recherche, les conseils consultatifs (CMDP, CII, CM, CPNC, les fondations, etc.)

Juillet : étude des données pertinentes et échanges avec les acteurs concernés.

Août : dresser un bilan préliminaire à présenter au Conseil d’administration et aux instances à l’automne.

 

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