Parlons de sexe... et de cancer

Le 4 février — Journée mondiale du cancer

Le temps est venu de rompre le silence et de parler de l’incidence du cancer sur la sexualité, affirme un spécialiste de la psychologie oncosociale au CUSM

Dr Hamel
"L'intimité est importante. Elle transcende la sexualité et permet aux partenaires de communiquer l’un avec l’autre sur le plan émotionnel », explique le Dr Marc Hamel, directeur clinique du Programme d'oncologie psychosociale du CUSM.

Bien que de nombreux types de cancer et certaines formes de traitement du cancer puissent affecter le désir et la fonction sexuels, peu de patients et de professionnels de la santé abordent cette question. Le Dr Marc Hamel, directeur clinique du programme d’oncologie psychosociale du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), aimerait qu’il en soit autrement. Le 4 février prochain, lors de la Journée mondiale du cancer, il va animer la conférence intitulée The unspoken impacts of cancer. Au cours de cette conférence, des experts renommés en oncologie et en sexologie vont parler des diverses conséquences du cancer, comme l’image, l’estime de soi, l’intimité et la sexualité. Dans l’entrevue qu’il nous a accordée, le Dr Hamel explique pourquoi nous devrions parler des questions de sexualité et de cancer.

Quelle est l’importance de parler de l’incidence du cancer sur la sexualité?

Il est aussi important d’aborder cette question que de parler de douleur, de nausée, de fatigue, de perte de cheveux, d’anxiété, de dépression ou de tout autre changement physique ou émotionnel que subissent les patients à cause du cancer et de son traitement. La sexualité et le besoin d’intimité font partie de la vie de tous, et non seulement des personnes jeunes et en santé. Il est par conséquent important de renseigner les patients sur les conséquences que peuvent avoir les traitements sur la sexualité et sur la fonction sexuelle, et de leur demander si cette question les préoccupe. 

J’imagine que c’est ce que vous faites dans votre pratique. Quelle est la réaction des patients?

couple

En plus de 20 ans de pratique, je n’ai pas vu une seule personne, homme ou femme, qui ne s’est pas sentie soulagée que j’aborde la question. Je vais vous donner un exemple : la perte d’érection attribuable à un cancer de la prostate peut signifier la mort de la sexualité pour bon nombre d’hommes. J’explique à mes patients que cela ne doit pas être le cas et que la sexualité peut se vivre autrement, sans qu’il y ait nécessairement pénétration. C’est pourquoi l’intimité est si importante : elle transcende la sexualité et la performance, et permet aux partenaires de communiquer l’un avec l’autre sur le plan émotionnel.

Quelle est l’incidence du cancer sur la sexualité?

Tout d’abord, la détresse émotionnelle liée à un diagnostic de cancer peut être suffisante pour éteindre la libido. La dépression et les effets secondaires des traitements, comme la nausée et la fatigue, peuvent amener une personne à se désintéresser du sexe. Selon le type de cancer, d’autres effets secondaires peuvent se manifester, comme la perte de sensation et la difficulté à atteindre l’orgasme, la dysfonction érectile et l’absence d’éjaculation chez l’homme, et la dyspareunie – douleurs pendant les relations sexuelles – chez la femme.

Une fois le silence rompu, comment pouvez-vous aider les patients?

Indépendamment du type de cancer, le corps est affecté, et des changements s’opèrent; la première chose à faire est donc d’aider le patient à se sentir plus à l’aise avec les changements que son corps a subis, qui ont une incidence sur sa relation avec les autres, plus particulièrement avec son partenaire. Pour sa part, le partenaire doit comprendre que l’apparence de la personne qu’il aime a changé et qu’il doit s’adapter à la situation. Si les deux partenaires arrivent à s’adapter à ces changements, ils peuvent trouver des moyens de vivre leur intimité et de communiquer, en explorant des moyens jusque-là jugés impossibles.

Que peut faire un couple pour préserver sa vie intime pendant ou après un cancer?

Les partenaires peuvent commencer par le toucher. Lorsque le corps a été meurtri par les aiguilles et a subi de la radiothérapie et/ou de la chimiothérapie, le toucher peut s’avérer réconfortant. Le simple fait qu’une personne vous prenne dans ses bras peut faire un bien énorme.