Un programme d’autodépistage du VIH assorti d’une application détecte rapidement les nouvelles infections et donne accès aux soins

Une nouvelle étude unique en son genre montre que l’autodépistage réalisé dans le cadre du programme HIVSmart! permet d’orienter les utilisateurs vers un traitement antirétroviral et des soins préventifs

Montréal, 2 septembre 2021 - Dans l’ombre de la pandémie de COVID-19, le VIH demeure un problème de santé publique mondial majeur, touchant environ 40 millions de personnes. Mais tandis que la COVID-19 perturbe les systèmes de soins de santé, des initiatives de santé numérique proposent des solutions pour accroître l’accès à la prévention et au dépistage du VIH, de même qu’au traitement et aux soins, de façon efficace.

Mis en œuvre dans les populations des townships de la province du Cap-Occidental en Afrique du Sud avec la collaboration de médecins de l’Université du Cap et de professionnels de la santé communautaires, le programme d'autodépistage du VIH personnalisé et basé sur l’application HIVSmart!, développée par la Dre Nitika Pant Pai à l'Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (IR-CUSM), a non seulement réussi à relier les participants à des services de conseil et à des soins, mais aussi à détecter de nouvelles infections et à augmenter les références au programme d’autodépistage. Ces résultats suggèrent que les stratégies d'autodépistage utilisant des technologies numériques innovantes et permettant l'accès aux soins pourraient accélérer les progrès vers les objectifs de l'ONUSIDA visant l'élimination du VIH dans le monde. L'étude, qui a comparé ce programme d’autodépistage au dépistage conventionnel du VIH, est publiée en ligne aujourd'hui dans BMJ Global Health.

Dr. Nitika Pan Pai
Dre Nitika Pant Pai

Des études récentes sur l'autodépistage du VIH ont montré une augmentation de l'utilisation des autotests et de la détection des nouvelles infections par le VIH. Cependant, en l'absence de programmes et de logistique appropriés, un défi subsiste - celui d’orienter les personnes vers des soins préventifs (prophylaxie préexposition, notification des partenaires et circoncision médicale) ou des soins thérapeutiques.

« L'OMS a demandé des preuves relatives à l'utilisation de supports numériques et de professionnels de la santé communautaires pour améliorer les services associés à l'autodépistage du VIH, explique la Dre Pant Pai, médecin et scientifique au sein du programme en maladies infectieuses et immunité en santé mondiale à l’IR-CUSM et première auteure de la publication. Notre étude montre qu'un programme numérique flexible, anonymisé, sécurisé et basé sur une application peut être déployé avec succès auprès de jeunes populations adeptes du numérique, même dans des contextes à faibles ressources. »

L'autodépistage : une solution attrayante et pratique pour les populations difficiles à atteindre

Dans cet essai quasi randomisé, les participants avaient le choix entre le programme d'autodépistage oral avec support numérique (HIVSmart!) et le dépistage conventionnel du VIH. Au total, 3 095 adultes consentants ont été recrutés dans des cliniques géographiquement dispersées sur une période de 18 mois.

Presque tous (99,7 %) les participants au sein du groupe d’autodépistage ont eu accès à un traitement antirétroviral ou à des parcours de soins préventifs par le biais du programme HIVSmart!. Un plus grand nombre de nouvelles infections au VIH ont été détectées dans le groupe d'autodépistage que dans le groupe de dépistage conventionnel (9 % contre 6,8 %). En outre, les personnes à risque, par exemple celles ayant des rapports sexuels avec de multiples partenaires, étaient plus nombreuses dans le groupe d'autodépistage.

Augmenter les références à l'autodépistage

L'étude a révélé que le nombre de recommandations à des amis et à des partenaires était 5,5 fois plus élevé dans le groupe d'autodépistage. Bien que les participants au programme d'autodépistage étaient principalement des jeunes femmes, les chercheurs ont observé que les femmes recrutaient activement de jeunes hommes par le biais de l'application. « Nous pensons que les femmes pourraient être

des agents de changement pour le dépistage du VIH en encourageant les hommes de leur réseau social à s'autodépister grâce à un programme numérique », notent les auteurs de l'étude.

« Notre programme personnalisé nous a permis d'explorer les préférences des gens en matière d'autodépistage numérique du VIH. L'étude a révélé l'efficacité de ce programme et la manière dont il pourrait être étendu pour toucher davantage de personnes, ajoute la Dre Pant Pai, qui est également professeure agrégée au département de médecine de l'Université McGill. Il était très intéressant de constater que certaines personnes ayant opté pour l'autodépistage menaient une vie plus risquée. Nous sommes heureux d'avoir touché ces personnes qui autrement, n'auraient jamais fait le test du VIH. »

« L'avènement de la COVID-19 a réduit l'accès aux services de santé. Si l'on ajoute à cela le fait que, dans de nombreux pays africains, plus de la moitié des nouvelles infections par le VIH concernent des jeunes férus de technologie (âgés de 15 à 30 ans), cela signifie que l'autodépistage du VIH, associé à des outils d'aide numériques, répondra à un énorme besoin non satisfait et améliorera les taux de détection et les liens avec les soins », ajoute le Dr Keertan Dheda, co-investigateur principal, directeur du Centre des infections et de l'immunité pulmonaires de l'Université du Cap en Afrique du Sud et professeur de mycobactériologie et de santé mondiale à la London School of Hygiene and Tropical Medicine au Royaume-Uni.

« Le VIH et le sida touchent des millions de personnes dans le monde, et le fait de savoir que l'on en est atteint peut certainement contribuer à prévenir la transmission. Le travail de la Dre Pant Pai est une étape essentielle vers la réduction et l'élimination de la transmission du VIH - une étape qui améliorera et sauvera d'innombrables vies. Je suis reconnaissante à notre communauté de donateurs de soutenir cette importante initiative », dit Julie Quenneville, présidente et chef de la direction de la Fondation du CUSM.

À propos de l’étude

L’étudeImpact of a personalised, digital, HIV self-testing app-based program on linkages and new infections in the township populations of South Africa a été réalisée par Nitika Pant Pai, Aliasgar Esmail, Paramita Saha Chaudhuri,Suzette Oelofse, Marietjie Pretorius, Gayatri Marathe, Jana Daher, Megan Smallwood, Nicolaos Karatzas, Mohammed Fadul, Anna de Waal, Nora Engel, Alice Anne Zwerling et Keertan Dheda.

DOI: 10.1136/bmjgh-2021-006032

Contributions au financement

Cette étude a été rendue possible grâce au prix de Déploiement à l’échelle de Grands Défis Canada (Gouvernement du Canada), au Medical Research Council South Africa (MRC SHIP) Department of Science & Technology South Africa (Gouvernement de l'Afrique du Sud), à la Fondation du CUSM et au soutien de OraSure technologies.

À propos de HIVSmart!

HIVSmart! est une application primée pour téléphone intelligent qui permet l'autodépistage du VIH. Disponible pour téléphone intelligent, tablette ou application Web (Android, iPhone et iPad), elle a été développée par la Dre Pant Pai et son équipe à l'IR-CUSM, avec le soutien financier de Grands Défis Canada. En plus de recueillir, interpréter et stocker les données de manière confidentielle, elle met rapidement les utilisateurs en relation avec les équipes-conseil ou les équipes de soins et les encourage à rester engagés dans leurs soins.

 

Personne-ressource pour les médias

Fabienne Landry
Coordonnatrice des communications, Recherche
Centre universitaire de santé McGill

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