Après la surdose

Le Programme de Transition et de Rétablissement s’avère déterminant pour aider les personnes aux prises avec des dépendances

Intoxiquée à l’héroïne, carburant à l’adrénaline, Cecelia Vanier est parvenue à traîner un colosse de 200 livres dans la baignoire pour le sortir du sommeil éternel grâce à une douche froide. Il n’y avait cependant pas d’eau froide à proximité lorsqu’elle a vu une jeune femme succomber à une surdose. Aujourd’hui encore, des cauchemars de rechute hantés par ces visions réveillent , sobre depuis 17 ans; elle se rappelle ces scènes, combinées avec ses propres surdoses qui lui ont fait frôler la mort.

Cecelia

Cecelia

Pendant 23 printemps, Cecelia a voulu s’imposer un sevrage brutal (« cold turkey »), mais la réalité de la sobriété la rattrapait cependant toujours. Elle voulait vraiment cesser de consommer, mais ne savait comment faire. Un jour, en se promenant sur l’avenue du Parc, à Montréal, elle a vu un membre de son cercle social luncher dans un restaurant ensoleillé, profitant apparemment de la vie. Elle devait aller lui demander comment il s’y était pris pour retrouver sa vigueur et pour afficher une telle sérénité. Il lui a alors parlé de l’Unité d’alcoologie et de toxicomanie du Centre Edwards Griffith (CEG) de l’Hôpital général de Montréal (HGM) du Centre universitaire de santé McGill (CUSM).

Le 31 août est la Journée internationale de sensibilisation à l’overdose, tenue annuellement, dont l’objectif est de sensibiliser la population, de reconnaître la souffrance et de prévenir des tragédies. Les Urgences du CUSM ont traité 2 234 patients pour des effets toxiques et/ou pour des troubles du comportement, et/ou pour une intoxication. La plupart de ces patients, soit 1 778, se sont présentés à l’Urgence de l’HGM, faisant du CEG le principal lieu d’accueil des survivants déterminés à reprendre leur vie en main.

 « Le spectre de la surdose est effrayant. J’ai encore des cauchemars, où je me dis : "Quand est-ce que tout a commencé, pourquoi ai-je recommencé à consommer?", raconte Cecelia. Je me réveille terrifiée. La perspective d’une rechute est effrayante, et ce n’est pas une option – mieux vaut mourir que de revivre de tels événements. »

Le fait de frôler la mort a donné une volonté de fer à Cecelia. Elle a cessé de consommer de l’héroïne et a tranquillement remis sa vie sur les rails. Elle est retournée aux études et a redécouvert ses vieux passe-temps, bien que les conséquences de son rétablissement de la toxicomanie soient encore bien présentes.

 « On devrait se sentir soulagé, mais ’on compose avec des sentiments dépressifs et on cache son passé aux autres, sauf à quelques amis proches et membres de sa famille, se rappelle-t-elle. Ces sentiments de gêne, de mépris de soi et de honte perdurent. »

Le programme de transition au rétablissement constitue un tournant

Cecelia durant sa période de dépendance à l'héroine

Cecelia durant sa période de dépendance à l'héroine

L’alcool calmait certaines de ces émotions, mais Cecelia savait qu’elle devait faire plus. Elle allait mieux physiquement, mais il lui fallait encore des mois de thérapie pour gérer positivement les angoisses du quotidien. La Dre Kathryn Gill, directrice de la recherche à l'Unité d'alcoologie et de toxicomanie, a reconnu l’importance de cette période critique, où les patients quittent le CEG, mais doivent encore gérer leurs émotions. Elle a fait équipe avec Ronna Schwartz, de l’Institut Allan Memorial, et a recruté Cecelia ainsi que d’autres futurs pairs mentors pour élaborer un programme destiné à combler le vide.

C’est ainsi qu’est né le concept du Programme de Transition et de Rétablissement (RTP), qui s’inscrit dans la Mission en santé mentale du CUSM. Le RTP – offert par l’Institut Allan Memorial et le CEG –aide les patients ayant des problèmes de santé mentale et de toxicomanie dans leur transition entre la clinique et la vie en société. Ce programme comprend divers services offerts par des pairs mentors, eux-mêmes ex‑patients formés et stabilisés, qui ont connu la toxicomanie et/ou la maladie mentale. Son objectif est d’aider d’autres patients, leur famille et le personnel soignant à trouver le soutien et les services adéquats après le traitement clinique.

Le programme de mentorat du RTP est essentiel au cours d’une période de vulnérabilité accrue pour les patients, constituant un tournant dans le rétablissement à long terme.

Bernard St‑Laurent

Bernard St‑Laurent, superviseur des pairs mentors, mieux connu des Montréalais comme correspondant politique à CBC Radio.

« J’ai lutté toute ma vie contre les problèmes de dépression et de dépendance. Les mentors ont le même vécu que les mentorés. Nous pouvons parler avec les gens qui ont des problèmes, qui peuvent nous confier ce qu’ils ne diront pas nécessairement à leur thérapeute – et c’est très important », ajoute Bernard St‑Laurent, superviseur des pairs mentors, mieux connu des Montréalais comme correspondant politique à CBC Radio.

Cecelia et Bernard font partie des quelque vingt pairs mentors du RTP, qui reçoivent tous 30 heures de formation théorique, suivie de 20 heures de supervision. Cette formation porte sur des thèmes comme les aptitudes à communiquer et la capacité d’écoute, les limites et la révélation de soi, la gestion de crises et de situations difficiles, l’autogestion de sa santé, les jeux de rôles et la mise en pratique des compétences. Les mentors viennent de plusieurs cliniques externes (humeur, anxiété, trouble de la personnalité, premiers stades de la psychose, psychologie et Unité de toxicomanie).

 « Il n’y a rien comme la perception d’autrui; nous devons donc aider les personnes dans le besoin à composer avec leurs problèmes, qu’il s’agisse de composer avec le sentiment d’isolement, d’apprendre à se calmer lorsque l’on se sent déprimé ou de maîtriser ses envies, ajoute Bernard St-Laurent. Nous offrons aux patients une relation différente de celle qu’ils ont avec un médecin, ce qui les aide parfois à parler de leurs problèmes. »

 Après un sondage réalisé en 2015 auprès des patients des deux centres, il a été décidé qu’il fallait créer un programme où des pairs mentors feraient de la pédagogie, offriraient du soutien et seraient des exemples vivants du rétablissement pour les patients en transition entre le milieu clinique et la vie dans la collectivité. Le RTP a remporté le prix Challenge  Q+ - visant à promouvoir et à récompenser les idées novatrices quant à l’amélioration de la qualité – et a reçu une subvention de 150 000 $ pour prendre forme. Depuis sa création en 2016, ce programme survit grâce à la générosité de la Fondation de l’HGM, à des activités de financement et à des dons de particuliers. Cecelia va dorénavant jouer un rôle important dans les coulisses en tant que coprésidente du comité responsable du financement.

« Le tournant de mon rétablissement à long terme a été le RTP, conclut Cecelia. Ce programme m’a donné la plus grande chance de ma vie et m’a permis de sentir que je faisais quelque chose d’important. On parle de dépendances et de problèmes dans le but d’aider les autres et soi-même. On s’aide vraiment lorsque l’on fait quelque chose comme cela. Pour la première fois, j’ai été fière de moi. C’est la première fois que je m’efforce de faire des choses que je n’avais pas faites depuis des dizaines d’années. »

Pour de plus amples renseignements sur le RTP, consultez le site Web http://recoverytransitionprogram.com ou téléphonez Patricia Lucas, Coordinatrice du RTP, 514-934-1934, extension 34544; email: patricia [dot] lucas [at] muhc [dot] mgill [dot] ca 

Qu’est-ce qu’une surdose?

Il y a surdose lorsque l’on a ingéré une quantité de médicament ou de drogue (ou d’une combinaison de substances) supérieure à celle que le corps peut tolérer. Il existe des signes et des symptômes démontrant qu’une personne fait une surdose, et ces signes et symptômes varient selon le type de produit consommé.

Types de drogues qui peuvent mener à une surdose :

  • Dépresseurs et opioïdes : Souvent prescrits pour soulager la douleur et pour favoriser le sommeil, les dépresseurs et les opioïdes provoquent un ralentissement du système nerveux central. Consommés en quantité excessive ou combinés avec d’autres médicaments, ils peuvent avoir une incidence sur des fonctions normales comme la respiration et le rythme cardiaque, pouvant mener jusqu’à l’arrêt de ces fonctions.
  • Alcool : L’alcool est un dépresseur qui peut être consommé en surdose. L’intoxication alcoolique aiguë est normalement attribuable au calage d’alcool.
  • Stimulants : Les stimulants, comme les amphétamines, la cocaïne, la méthylènedioxy-méthamphétamine (MDMA) sont des médicaments qui accroissent la vigilance et qui accélèrent le rythme cardiaque. Une surdose d’amphétamine accroît le risque de crise cardiaque, d’accident vasculaire cérébral (AVC), de crise d’épilepsie ou d’épisodes psychotiques d’origine médicamenteuse.

Quoi faire si vous êtes témoin d’une situation de surdose :

  • Appeler le 9-1-1;
  • Vérifier les signes vitaux : La victime réagit-elle bien? Respire-t-elle? Quelle est la couleur de ses lèvres?
  • Essayer d’obtenir une réponse en appelant la victime par son nom ou en lui frottant le sternum avec vos jointures;
  •  Si la victime ne réagit pas, la placer en position latérale de sécurité;
  • Ne pas laisser la victime seule;
  • Ne pas donner à boire ou à manger à la victime; ne pas essayer de la faire vomir.

Réduire son risque :

  • Ne pas consommer seul;
  • Connaître son seuil de tolérance;
  • Ne pas consommer d’opioïdes avec de l’alcool ou des médicaments.

 

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