Une nouvelle étude menée à l’IR-CUSM suggère qu’en thérapie complémentaire pour les patients atteints de cancer, le cannabis médical serait efficace et sécuritaire pour réduire la douleur - et le recours aux opioïdes.

Montréal - Le cannabis médicinal serait un traitement complémentaire sûr pour soulager la douleur ressentie par les patients atteints de cancer, indique une nouvelle étude observationnelle dirigée à l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (IR-CUSM). Il aiderait également à réduire le nombre total de médicaments et d'opioïdes pris par les patients, suggère l’étude publiée en ligne dans la revue BMJ Supportive & Palliative Care.

Dr Antonio Vigano« Nous avons démontré que les produits réglementés à base de cannabis médical peuvent être incorporés dans les soins prodigués aux patients atteints de cancer de manière sûre et efficace », dit le Dr Antonio Vigano, auteur principal de l’étude, scientifique au sein du programme de recherche sur le cancer à l’IR-CUSM et directeur du programme de réadaptation en cancérologie et du programme de cannabis médical en oncologie au Centre du cancer des Cèdres du CUSM. « Après trois mois, nous avons observé des réductions cliniques et statistiquement significatives des scores de douleur chez les patients que nous avons suivis, et celles-ci se sont maintenues pendant un an. Les patients sont aussi parvenus à réduire leur médication contre la douleur au fil du temps. »

L’étude révèle par ailleurs que les produits présentant un équilibre entre les ingrédients actifs tétrahydrocannabinol (THC) et cannabidiol (CBD), plutôt qu'une dominance de l'un ou de l'autre, semblent avoir une efficacité accrue. 

Les résultats de l'étude sont basés sur les données du Registre Cannabis Québec (RCQ), qui compile un large éventail de données provenant de plusieurs institutions et cliniques à travers le Québec, collectées directement auprès de 3000 patients qui ont été initiés au cannabis à des fins médicales entre mai 2015 et octobre 2018. Le QCR a été créé en 2015 à l’IR-CUSM par le Dr Mark Ware et est dirigé depuis 2019 par le Dr Vigano. Un article récent du Dr Ware et du Dr Vigano sur le RCQ a montré que le cannabis médical prescrit par des médecins semblait être sûr et efficace dans les trois mois suivant l'initiation pour une variété d'indications médicales.

La douleur affecte la majorité des patients qui suivent un traitement contre le cancer

Selon les auteurs de l'étude, 55 % des patients soumis à un traitement anticancéreux et 66 % des patients atteints d'une maladie avancée, métastatique ou terminale ressentent de la douleur. Divers médicaments, dont des opioïdes, sont généralement prescrits pour soulager la douleur. Cependant, un tiers des patients ressentent encore de la douleur.

Souhaitant déterminer si le cannabis médical pouvait être utilisé de manière sûre et efficace pour gérer la douleur liée au cancer et réduire la prise de médicaments antidouleur, les chercheurs ont inclus 358 adultes atteints de cancer dans leur étude. L'âge moyen des patients était de 57 ans, près de la moitié (48 %) étaient des hommes, et les diagnostics de cancer les plus courants étaient les cancers génito-urinaires (60 patients), les cancers du sein (59 patients), suivis des cancers de l'intestin, du poumon et du sang (43 patients respectivement).

Les chercheurs ont analysé l'intensité de la douleur, les symptômes, le nombre total de médicaments pris et la consommation quotidienne de morphine à des intervalles de trois mois (c'est-à-dire au moment de la première prescription de cannabis médical, puis trois, six, neuf et douze mois plus tard). La sévérité globale de la douleur et le soulagement de la douleur, ainsi que l'interférence de la douleur dans la vie quotidienne au cours des 24 heures précédentes, ont également été évalués.

Des résultats concluants

Des diminutions statistiquement significatives ont été observées après trois, six et neuf mois en ce qui concerne l'intensité de la douleur moyenne et de la douleur la plus intense, la sévérité globale de la douleur et l'interférence de la douleur.

Les chercheurs ont relevé 15 événements indésirables survenus chez 11 patients : 13 sans gravité, et deux sérieux, mais qui n’apparaissaient pas reliés au cannabis médical.

Les deux effets secondaires les plus fréquents étaient la somnolence, signalée par trois patients, et la fatigue, signalée par deux patients. Seuls cinq patients ont arrêté de prendre du cannabis médicinal en raison d'effets secondaires.

Les auteurs de l’étude soulignent que des essais randomisés et contrôlés par placebo devraient être réalisés pour confirmer les résultats de leur étude et que la recherche devrait se poursuivre pour adapter les traitements à chaque individu.

« Il est nécessaire de détenir des connaissances théoriques et une expérience clinique afin d'obtenir les meilleurs résultats avec le cannabis médical. D’autres recherches doivent être menées pour définir des façons plus efficaces et standardisées de personnaliser les traitements à base de cannabis médical, car certains patients peuvent mieux y répondre, tandis que d'autres peuvent être plus enclins à ressentir des effets secondaires », dit le Dr Vigano, qui est également spécialiste en soins palliatifs, professeur agrégé à l’Université McGill et coresponsable de l'axe biomédical du Centre de recherche sur le cannabis de McGill.

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À propos de l’étude

L’étude Medical cannabis is effective for cancer-related pain: Quebec Cannabis Registry results a été réalisée par Saro Aprikian, Popi Kasvis, MariaLuisa Vigano, Yasmina Hachem, Michelle Canac-Marquis et Antonio Vigano.

DOI: http://dx.doi.org/10.1136/spcare-2022-004003

À propos de l’Institut de recherche du CUSM

L’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (IR-CUSM) est un centre de recherche de réputation mondiale dans le domaine des sciences biomédicales et de la santé. Établi à Montréal, au Canada, l’institut, qui est affilié à la faculté de médecine de l’Université McGill, est l’organe de recherche du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) – dont le mandat consiste à se concentrer sur les soins complexes au sein de sa communauté. L’IR-CUSM compte plus de 450 chercheurs et environ 1 200 étudiants et stagiaires qui se consacrent à divers secteurs de la recherche fondamentale, de la recherche clinique et de la recherche en santé évaluative aux sites Glen et à l’Hôpital général de Montréal du CUSM. Ses installations de recherche offrent un environnement multidisciplinaire dynamique qui favorise la collaboration entre chercheurs et tire profit des découvertes destinées à améliorer la santé des patients tout au long de leur vie. L’IR-CUSM est soutenu en partie par le Fonds de recherche du Québec – Santé (FRQS). ircusm.ca

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