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Mobilisés par leur collègue Pedro Mejias, des professionnels de la santé du CUSM apportent leur atout le plus précieux au Honduras: leur savoir

À 16 ans, il était révolté par les injustices qu'il voyait autour de lui, au Honduras, et voulait changer le monde. Aujourd’hui, Pedro Mejia est travailleur social au Service des maladies virales chroniques du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), et il organise, pour une deuxième fois, un voyage de transfert de connaissances dans son pays natal. Il s’agit du deuxième projet d’aide humanitaire qu’il met sur pied avec des collègues du CUSM.

De gauche à droite Pedro Mejia, Dre Luisamaria Pineda epidémiologue; Alison Wong, pharmacienne, Dr Francisco Herrera, directeur, Universidad Nacional autonoma de Honduras campus Valle de Sula (UNAH-VS); Dre Ruby Perla, pharmacienne, Dr Jason Szabo, médecin traitant, Dre Martha Lorena Pinto, professeure, UNAH-VS, Dr Tommy Wong.

De gauche à droite Pedro Mejia, Dre Luisamaria Pineda epidémiologue; Alison Wong, pharmacienne, Dr Francisco Herrera, directeur, Universidad Nacional autonoma de Honduras campus Valle de Sula (UNAH-VS); Dre Ruby Perla, pharmacienne, Dr Jason Szabo, médecin traitant, Dre Martha Lorena Pinto, professeure, UNAH-VS, Dr Tommy Wong.

De l’envoi de matériel au partage de matière grise

L’idée de venir en aide au Honduras a germé dans l’esprit de Pedro durant un voyage qu’il a fait là-bas avec des amis Québécois, en décembre 2002. « Nous avons visité un hôpital et constaté que les besoins en santé étaient immenses, dit Pedro. On s’est dit qu’on allait faire quelque chose à notre retour. »

« Avec mes amis et la collaboration de plusieurs collègues du CUSM, on a commencé à réunir du matériel qui ne répondait plus aux normes canadiennes, explique-t-il. Ce qui s’en allait à la poubelle, on le ramassait, pour l’envoyer là-bas ».

Entre 2003 et 2009, Pedro et ses camarades ont ainsi procédé à plusieurs envois. Au tout début, un mécène a payé pour l’envoi de 120 boites. Puis, pendant plusieurs années, la compagnie Gildan Activewear s’est occupée des livraisons, gratuitement.

« Organiser tout ça, c’était laborieux! » lance-t-il, en ajoutant qu’il a aujourd’hui envie d’offrir une aide plus durable. Cela ne l’a pas empêché, toutefois, de profiter de la fermeture de l’ancien Hôpital Royal Victoria, en 2015, pour récupérer de vieux lits et 450 boites de matériel. « Là-bas, les lits ont été remis à neuf; ils sont absolument méconnaissables », dit-il.

Un nouveau projet

C’est en discutant avec sa collègue Alison Wong, pharmacienne, que Pedro a pensé au transfert d’expertise. 

« Au Honduras, les gens ne peuvent pas se payer un congrès; ce n’est pas à leur portée, explique-t-il. On a donc pensé offrir ce qu’on a de plus précieux : nos savoirs. L’idée est de donner de la formation pour que celle-ci puisse être répandue par la suite. »

Alison a rapidement accepté de se lancer dans le projet, de même que le Dr Jason Szabo, médecin traitant au Service des maladies virales chroniques du CUSM. Dès lors, Pedro a activé un réseau de contacts au Honduras, incluant un spécialiste du VIH, des professeurs d’université et des gestionnaires en santé.

Le projet a pris forme, et le trio est parti à l’hiver 2017. En tout, trois conférences ont eu lieu : deux à San Pedro Sulla, la capitale économique du pays, et une dans la petite ville d’El Progreso, d’où Pedro est originaire.

« Le comité organisateur nous a offert l’hôtel, les repas et le transport à l’intérieur des deux villes. Nous avons assumé le coût des billets d’avion, que nous avons obtenu à bas prix », raconte Pedro.

La première conférence s’est tenue à l’Universidad Nacional Autonoma de Honduras campus Valle de Sula et a attiré plus de 400 étudiants en pharmacie, en médecine et en soins infirmiers. Les deux autres ont été données en milieu hospitalier.

« On a discuté de cas cliniques et les gens ont énormément apprécié. On s’est aperçu qu’ici et là-bas, on est confronté aux mêmes problématiques de santé, même si on bénéficie de plus de moyens pour y faire face », souligne Pedro.

« C’est impressionnant de voir ce qu’ils peuvent faire malgré le manque de ressources », dit le Dr Szabo, qui a beaucoup apprécié le contact avec les étudiants.

« Là-bas, ils sont moins habitués à l’interdisciplinarité. Ils ont aimé voir une jeune professionnelle de la santé, comme moi, être aussi impliquée dans l’équipe médicale », ajoute Alison.

Objectif février 2018

Comme l’expérience fut un succès, Pedro travaille à organiser un autre voyage, selon la même formule. Il aimerait toutefois offrir la formation dans un centre de congrès et travailler avec les associations professionnelles locales pour qu’elles puissent la créditer.

Quelques médecins du CUSM ont déjà manifesté leur intérêt pour participer au voyage, qui devrait avoir lieu en février 2018. Avis aux intéressés : Pedro espère recruter d’autres professionnels. Infirmières, nutritionnistes, travailleurs sociaux, psychologues et autres, vous êtes les bienvenus!

Le périple d’un bienfaiteur

Né au Honduras au sein d’une famille aisée, Pedro Mejia remarque dès son enfance de grandes inégalités, qui éveillent chez lui un désir d’aider. « D’où je viens, les pauvres n’ont rien et les riches ont tout », dit-il.

À 16 ans, il s’établit au Mexique avec sa famille. Il y fait des études en médecine et y travaille quatre ans comme médecin, avant de s’installer à Montréal. « Ici, j’ai dû réorienter ma carrière, car mon diplôme n’était pas reconnu. Ça a été très dur », dit-il.

Pedro repart donc à zéro. Il s’occupe de sa famille, noue des amitiés, fait un cours en travail social, puis une maitrise en éthique clinique, et une autre en administration des services de santé. Parallèlement, il travaille à l’unité de recherche sur le sida de l’Hôtel Dieu, puis passe une dizaine d’années au Neuro, au programme de tumeurs cérébrales. Il devient ensuite coordonnateur du programme de soins palliatifs à l’Hôpital général Juif, avant d’obtenir, en 2011, son poste actuel au Service des maladies virales chroniques du CUSM.

Aujourd’hui, il se sent bien et affirme avoir retrouvé ce qu’il cherchait. « Avec le temps, dit-il, j’ai réalisé que le plus important pour moi était de faire du bien, à n’importe qui, sans égard à l’origine, à la couleur, au statut social. »

Sur son travail

« On travaille avec une population vulnérable qui subit toute sorte de discrimination. Parce qu’ils sont gais, parce qu’ils sont trans, parce qu’ils sont bi, parce qu’ils sont hétéro et perçus comme des gens qui ont cherché à avoir le VIH. En fait, le VIH ne discrimine pas. Il atteint n’importe qui. »

Sur la volonté d’aider

« Aider, ça donne un sens à ma vie, et ça me donne la sensation d’alléger la douleur des autres. Je pense qu’on est tous citoyens du monde et que la seule façon de faire un monde meilleur, c’est de s’entraider. »

Sur le Honduras

« Pourquoi le Honduras? Parce que c’est un pays que j’aime, que c’est là où je suis né. Parce que c’est un pays pauvre. Et parce que c’est une façon de dire moi je vis dans la richesse mais je n’oublie pas ce que j’ai vu dans le monde. »

 

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