Portrait d'une visionnaire en télésanté

Madeleine St-Gelais a passé plus d'une décennie à développer des services de télésanté pour le bien des communautés éloignées du Québec

Femme de tête au tempérament fougueux, aussi passionnée que dévouée au travail, Madeleine St-Gelais a passé plus de douze ans à développer la télésanté au Réseau universitaire intégré de santé McGill (RUIS McGill). L’infirmière détentrice d’une maitrise en administration publique s’est vu décerner le Prix d’excellence Alain Cloutier 2006 pour sa contribution exceptionnelle à la télésanté au Québec. Interpelée par le sort et la santé des populations démunies des régions isolées du Québec, sa sensibilité à leur endroit n’a d’égal que l’énergie qu’elle a investie pour leur offrir un meilleur accès aux soins.

Nous avons rencontré Madeleine en décembre dernier, juste avant son départ à la retraite.

Madeleine St-Gelais

Madeleine St-Gelais

Comment avez-vous atterri dans l’équipe de télésanté de McGill?

En 2003, dans un congrès portant sur la télésanté, j’ai fait la rencontre de Johanne Desrochers [qui fut coprésidente de la télésanté pour le RUIS McGill jusqu’à tout récemment]. Elle se posait plusieurs questions sur l’accessibilité aux soins, auxquelles je réfléchissais moi-même depuis plusieurs années, parce que je travaillais en région éloignée, sur la Basse-Côte-Nord. Peu de temps après, elle m’a offert de venir l’aider à développer la télésanté au Centre universitaire de santé McGill (CUSM) et j’ai accepté. C’est ainsi que l’aventure a commencé.

Mais qu’est-ce que la télésanté, exactement? À quoi sert-elle?

La télésanté, c’est réaliser des activités de santé à distance, que ce soient des activités de soins, de formation, de recherche ou de gestion clinique. Mais ce que nous développons en priorité, c’est vraiment l’aspect clinique. Nous offrons des services de diagnostic, de suivi et de traitement aux populations qui vivent en région, afin que les patients aient accès à des soins qui répondent à leurs besoins, plus près de leur domicile.

Pouvez-vous donner quelques exemples?

Nous avons créé un centre virtuel de santé et de services sociaux (CvSSS), qui fournit aujourd’hui des services cliniques intégrés dans plus de 35 spécialités, grâce à la participation de plus de 1000 participants (médecins et autres).

Ainsi, des téléconsultations se déroulent tous les jours dans plusieurs spécialités et dans plusieurs régions du Québec. Nous avons mis en place une plateforme qui permet de recevoir et de prioriser les requêtes de téléconsultation, de réaliser des échanges entre professionnels ou avec le patient, en temps réel ou différé, et d’envoyer les rapports aux médecins référents. Tout ça, de façon électronique, confidentielle et sécurisée. Les médecins peuvent même manipuler divers équipements à distance. C’est comme si on avait des cliniques virtuelles, avec des médecins qui sont disponibles sur demande par visioconférence.

Un exemple est le dépistage de la rétinopathie diabétique chez les Cris, une condition qui peut mener à la cécité si elle n’est pas traitée à temps. Des images de la rétine sont prises localement par du personnel formé à cet effet, puis sont transmises électroniquement à des spécialistes, pour interprétation et diagnostic. S’il y a rétinopathie, le patient a ensuite accès au suivi approprié. Aujourd’hui, nous sommes fiers de dire que nous avons accompli environ 3000 dépistages, évité autant de déplacements à Montréal et généré des économies de millions de dollars. Et surtout, qu’on a sauvé des yeux.

Il y a tant d’autres projets dignes de mention, comme le projet de l’école à l’hôpital, grâce auquel des enfants hospitalisés peuvent poursuivre leur scolarisation, celui de télésoins à domicile, qui permet à des patients atteints de maladies chroniques d’obtenir un suivi personnalisé à partir de chez eux, et bien sûr, le projet de téléthrombolyse, qui permet d’évaluer et de traiter des victimes d’accident cérébro-vasculaire 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

Territoire du RUIS McGill

Territoire du RUIS McGill (en rouge)
Source : RUIS McGill

Quel territoire desservez-vous?

Nous desservons le territoire du RUIS McGill, qui couvre 63 % de la superficie du Québec. De plus, grâce à l’expertise développée par notre équipe et à la robustesse de notre infrastructure, nous fournissons un soutien technologique à l’extérieur de ce territoire, notamment pour le territoire du RUIS de l’Université de Montréal pour les activités de télésanté et pour le Centre Ouest et l’ouest du Québec pour la téléthrombolyse.

De quel projet êtes-vous le plus fière?

Je dirais que le plus beau cadeau que nous avons fait aux régions, c’est de réaliser la mutualisation des applicatifs cliniques partageables. En termes simples, nous avons rendu certaines applications cliniques du CUSM accessibles à d’autres établissements. Par exemple, si un patient fait un électrocardiogramme (ECG) au Nunavik, le résultat est sauvegardé dans la base de données de l’application au CUSM, interprété par un médecin, et le rapport est renvoyé au médecin référent. Le fonctionnement est le même pour d’autres examens, comme le test d’activité fœtale, grâce auquel les femmes enceintes peuvent bénéficier d’un suivi à distance.

Comment êtes-vous arrivée à réaliser et à coordonner tous ces projets?

C’est le résultat d’un travail d’équipe, dont la vision est de mettre en réseau les partenaires de la première à la troisième ligne pour améliorer l’accessibilité et la continuité des services. Ensemble, nous avons créé une infrastructure capable de soutenir une multiplication des services, puisque l’offre de service grandit continuellement.

Enfin, nous avons mis sur pied un guichet d’accès unique, qui fait le lien entre les demandeurs et les fournisseurs de services et qui offre du soutien technique, de la formation, de l’accompagnement pour le développement de nouveaux services et la gestion de projets en télésanté.

Vous êtes sur le point de passer le relai… Selon vous, quels défis attendent vos collègues?

Ils devront développer de nouveaux partenariats, sensibiliser la communauté clinique aux besoins des populations isolées et travailler à modifier certains règlements qui parfois limitent de développement de la télésanté. Bien sûr, ils devront suivre les changements technologiques, comme nous l’avons fait, en passant du poste de travail, au cellulaire, à la tablette.

Le rêve que je caresse, c’est que la télésanté soit bien intégrée dans la pratique, et que n’importe quel professionnel puisse travailler de manière virtuelle ou traditionnelle, indifféremment.

Je reste optimiste, car les jeunes médecins sont nés avec l’électronique. Ça va être de plus en plus facile.

La télésanté, c’est quoi encore?

La loi sur les services de santé et les services sociaux définit les services de télésanté comme une activité, un service ou un système lié à la santé ou aux services sociaux, pratiqué au Québec, à distance, au moyen des technologies de l'information et des communications, à des fins éducatives, de diagnostic ou de traitement, de recherche, de gestion clinique ou de formation (consultations par téléphone exclues). Cette définition campe la télésanté comme une modalité de prestation de services applicable à tous les champs de pratique traditionnels.

La télésanté permet l’utilisation à distance des équipements biomédicaux allant du stéthoscope électronique aux équipements d’imagerie médicale les plus complexes, pour des fins diagnostiques et pour l’élaboration de plans de traitement.

Les applications de télésurveillance, comme les télésoins à domicile, permettent non seulement aux professionnels de la santé de surveiller à distance les données cliniques des patients mais contribuent à rendre les patients autonomes en les aidant à comprendre et à gérer leur état de santé.

Ces exemples ne sont que des illustrations d’utilisation de la télésanté, qui offre la possibilité de faciliter et d’améliorer la prestation des services tant pour les patients que pour les intervenants.

 

Des volumes en augmentation en 2015-2016

Visioconférence

  • 53,780 sessions de visioconférence au sein du RUIS McGill, une augmentation de 70% par rapport à l'année précédente.
  • 19 % des sessions servent à des activités cliniques et 39 % à des activités de formation.

Téléconsultations

  • 10,959 téléconsultations directes, indirectes et en temps différé, le double de l'année précédente

 

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