Le Botox, une nouvelle approche thérapeutique pour traiter les ulcères aux doigts et la gangrène

Des chercheurs de L’Institut montrent que la toxine botulique est une option efficace et sécuritaire pour traiter de graves lésions aux doigts associées à diverses maladies auto-immunes, comme la sclérodermie systémique.


Des injections de toxine botulique, communément appelée Botox, pourraient constituer une option efficace et bien tolérée pour traiter des complications invalidantes causées par un manque d’afflux sanguin dans les doigts, comme l’ischémie digitale aiguë (qui rend les doigts très douloureux, froids et parfois blancs ou bleutés), les ulcères digitaux (des plaies ouvertes qui guérissent difficilement) et la gangrène, révèle une étude récemment publiée dans JAMA Dermatology. La revue systématique et méta-analyse de données individuelles de patients portant sur 30 études publiées et un cas non-publié, pour un total de119 patients, montre que le traitement, qui réduit la constriction des vaisseaux sanguins et améliore la circulation, a mené à une guérison complète des lésions chez plus de 85 % des patients.

Souvent difficiles à traiter avec les traitements de référence, ces complications peuvent provoquer de fortes douleurs, des infections graves, une destruction des tissus et, dans les cas les plus sévères, conduire à une amputation. Elles sont liées à plusieurs maladies touchant les vaisseaux sanguins et le système immunitaire, comme le lupus ou la polyarthrite rhumatoïde, mais surviennent le plus souvent chez les personnes atteintes de sclérodermie systémique. Cette maladie rare, chronique et sévère se caractérise par une production excessive de tissu durci par l’organisme et un rétrécissement des petits vaisseaux sanguins, pouvant affecter la peau ainsi que plusieurs organes internes. 

Dre Elena Netchiporouk

« Ces nouveaux résultats sont particulièrement importants, puisqu’à ce jour, les options thérapeutiques restent limitées pour les manifestations cutanées et vasculaires de la sclérodermie systémique et d’autres maladies auto-immunes, dit la Dre Netchiporouk, scientifique au sein du Programme en maladies infectieuses et immunité en santé mondiale à l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (L’Institut) et auteure principale de l’étude. De fait, les traitements vasodilatateurs et immunosuppresseurs actuellement disponibles, généralement administrés par intraveineuse, sont souvent coûteux, peu efficaces et associés à des effets indésirables importants. »
 

Une expertise développée au CUSM


Dermatologue au Centre universitaire de santé McGill (CUSM) et spécialiste des maladies auto-immunes affectant la peau, la Dre Netchiporouk intègre les injections de toxine botulique dans sa pratique clinique depuis quatre ans, pour traiter le phénomène de Raynaud sévère, l'ischémie digitale aiguë, les ulcères ischémiques et la gangrène précoce.

La présente étude inclut d’ailleurs le cas d’un de ses patients, un homme dans la cinquantaine qui souffrait d'une maladie auto-immune rare lui causant des douleurs aux articulations et ayant mené à une nécrose digitale (gangrène). Un cocktail de médicaments a permis de réduire sa douleur, mais les traitements pharmacologiques conventionnels pour l'ischémie digitale se sont révélés inefficaces. Une nécrose digitale s’en est suivie, le forçant à cesser de travailler et affectant grandement sa qualité de vie. La Dre Netchiporouk a eu recours aux injections de toxine botulique comme traitement de secours.
 
« Les injections ont apaisé la douleur et amélioré la sensation en 24 heures, et la nécrose s'est améliorée après deux semaines. C’est ce cas qui m’a incitée à élargir mes recherches, dit la Dre Netchiporouk, qui est également professeure adjointe au Département de médecine de l’Université McGill. Ce traitement est devenu un outil important, en particulier pour les patients atteints de maladies vasculaires auto-immunes qui ont des conséquences sérieuses pour la santé et pour lesquelles peu d'options thérapeutiques sont disponibles. »
 

Un traitement ambulatoire efficace et sécuritaire


La simplicité et la rapidité d’administration du Botox en font une option avantageuse pouvant être utilisée en contexte ambulatoire.

De plus, dans les études recensées par les chercheurs, peu de patients ont ressenti d’effets indésirables. Ceux-ci étaient le plus souvent modérés et de courte durée, se résumant généralement à une faiblesse musculaire temporaire ou à une douleur au point d’injection. 

Dre Catherine Zhu

« Nos résultats montrent que la toxine botulique peut être utilisée pour améliorer la circulation sanguine dans les doigts et traiter des complications graves comme les ulcères ou la gangrène, offrant ainsi une alternative sécuritaire et facile à administrer, dit la Dre Catherine Zhu, résidente en dermatologie au Centre universitaire de santé McGill (CUSM) et première auteure de l’étude. Les rhumatologues et dermatologues pourraient utiliser ce traitement en clinique pour réduire le recours aux thérapies intraveineuses nécessitant une hospitalisation et ainsi réduire les coûts pour les systèmes de santé. »
 

Au-delà du phénomène de Raynaud


Le phénomène de Raynaud, caractérisé par des spasmes qui nuisent à la circulation dans les doigts et les orteils, est très fréquent dans la sclérodermie systémique et accompagne parfois d’autres maladies auto-immunes. Il provoque, de façon récurrente, des crises douloureuses qui peuvent évoluer vers des complications graves comme des ulcères, la gangrène ou l’amputation.

Des études antérieures ont évalué l’efficacité du Botox pour traiter le phénomène de Raynaud, mais plusieurs d’entre elles excluaient toutefois les patients souffrant d’ulcères ou de gangrène. Cette nouvelle étude est la première à se concentrer exclusivement sur les complications ischémiques avancées, indépendamment de leur cause.

Parmi les 119 cas individuels rapportés dans l’étude, les causes des complications étaient la sclérose systémique dans 61 % des cas, d’autres maladies rhumatismales auto-immunes dans 12 % des cas et des traumas dans 9 % des cas. Les autres cas étaient dus à des maladies artérielles périphériques comme l’athérosclérose, ou encore, à de la chimiothérapie ou à des médicaments vasopresseurs – des médicaments qui contractent les vaisseaux sanguins.

Les résultats de l’étude suggèrent que l’efficacité du Botox est accrue pour les complications cutanées induites par la sclérose systémique et les autres maladies auto-immunes. Et dans la majorité des cas, une seule séance d’injection suffirait à obtenir la réponse attendue.

« Nos conclusions corroborent mes observations cliniques et celles de plusieurs autres collègues : la toxine botulique peut offrir des avantages significatifs avec un profil de sécurité favorable, et mérite d'être étudiée de manière plus approfondie afin de mettre au point des protocoles standardisés et d'optimiser les résultats, » dit la Dre Netchiporouk. 

 

À propos de l’étude

« Botulinum Toxin for Refractory Digital Ischemia and Ulcers in Systemic Sclerosis - A Systematic Review and Meta-Analysis » par Catherine Zhu, Katya Peri, Catherine Silotch, Connor Prosty, Hessah BinJadeed, Anastasiya Muntyanu, Mahalakshmi Nagarajan, Paul McArthur, Andrea Benedetti et Elena Netchiporouk, est publié dans JAMA Dermatology.

DOI : 10.1001/jamadermatol.2025.4929


Personne-ressource pour les médias

Evelyne Dufresne
Agente d’information
Centre universitaire de santé McGill (CUSM)
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