Le talon d’Achille du cancer du pancréas pourrait ouvrir la voie à de nouveaux traitements
La découverte d’une vulnérabilité du cancer du pancréas suscite l’espoir de développer une thérapie ciblée innovante.
Une équipe de l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (L’Institut) dirigée par Jean-Jacques Lebrun, Ph. D., a identifié une protéine dont dépendent les cellules cancéreuses du pancréas pour survivre et se développer. Cette découverte ouvre une voie prometteuse dans la recherche et le développement de thérapies plus efficaces et ciblées pour traiter l’un des cancers les plus agressifs et mortels.
L'adénocarcinome canalaire pancréatique (ACCP), la forme la plus courante de cancer du pancréas, est actuellement la troisième cause de décès par cancer au Canada, et pourrait devenir la deuxième d’ici 2040. Avec un taux de survie après 5 ans de seulement 12 %, c’est un des types de cancer les plus meurtriers. Il est souvent détecté à un stade très avancé, ce qui le rend particulièrement difficile à traiter.
« Le cancer du pancréas est largement résistant aux thérapies actuelles comme la chimiothérapie et l’immunothérapie. Les options de traitement offrent peu de bénéfices et viennent souvent avec des effets secondaires significatifs, d’où la nécessité de trouver d’autres alternatives », explique le Prof. Lebrun, scientifique principal dans le programme de recherche sur le cancer à L’Institut et chercheur principal de l'étude, dont les résultats ont récemment été publiés dans Springer Nature Molecular Cancer.
Une protéine qui aide le cancer du pancréas à survivre
L’équipe du Prof. Lebrun a découvert que la protéine HSPE1 est impliquée dans deux voies de signalisation cellulaires, qui sont des systèmes de communication régissant le comportement et la survie des cellules cancéreuses du pancréas. Cette protéine est en effet essentielle au fonctionnement des mitochondries, les « centrales énergétiques » des cellules, qui produisent l’énergie nécessaire à leur survie et à leur bon fonctionnement.
Plus précisément, la protéine HSPE1 aide les mitochondries à se protéger et à s’adapter à différents stress, comme un manque de nutriments. Sans cette protection, les mitochondries ne peuvent plus fonctionner correctement, ce qui peut, à terme, mettre en danger la survie des cellules cancéreuses.
La protéine HSPE1 contribue également à réguler le cycle cellulaire et à maintenir les cellules cancéreuses en vie. Sans cela, les mitochondries cessent de fonctionner normalement, ce qui déclenche l'autodestruction des cellules cancéreuses. L’équipe a ensuite montré que la survie cellulaire dépend de deux voies de signalisation parallèles. Lorsque l’équipe a bloqué ces deux voies à l’aide d’inhibiteurs spécifiques, la croissance des tumeurs a fortement ralenti.
« Nous avons démontré que cibler simultanément les deux voies est beaucoup plus efficace que de bloquer seulement l'une ou l'autre, révélant ainsi une nouvelle stratégie thérapeutique combinée pour le cancer du pancréas », affirme le Prof. Lebrun.
Cette étude jette les bases de futures applications cliniques en identifiant une cible précise pour le développement de nouveaux médicaments capables d’agir simultanément sur deux voies essentielles à la croissance et à la survie des cellules cancéreuses du pancréas.
Un travail de détective
L’équipe a mis le doigt sur la protéine HSPE1 en recourant à une approche de dépistage génétique puissante utilisant la technologie CRISPR-Cas9, un outil d’édition génomique.
« Comme le ferait un détective, nous avons passé le génome au peigne fin afin d’étudier le rôle de chacun des 20 000 gènes dans les processus assurant la croissance et la survie des cellules cancéreuses du pancréas », explique le Dr Lebrun. « La protéine, produite par le gène HSPE1, s’est démarquée du lot et l’équipe a poussé ses recherches pour comprendre son fonctionnement et comment l'exploiter à des fins thérapeutiques. »
Pour en réaliser ces travaux, le Prof. Lebrun et son équipe ont étudié des souris dans lesquelles avaient été greffées des cellules cancéreuses génétiquement modifiées ainsi que des cellules issues de tumeurs de patients.
« L’utilisation de ces modèles in vivo nous a permis de déterminer quels gènes sont réellement impliqués dans la survie des cellules cancéreuses dans des tumeurs bien réelles », indique le Prof. Lebrun.
Le travail accompli dans le cadre de cette étude offre un élan d’espoir dans la lutte contre le cancer. D’autres études pourraient explorer si la protéine HSPE1 joue un rôle dans d'autres types de cancers agressifs.
À propos de l’étude
Identification of HSPE1 as a new actionable cancer vulnerability leads to an innovative and effective combination therapy for pancreatic ductal adenocarcinoma par Jean-Jacques Lebrun, Julien Boudreault, Shima Rahimirad, Ni Wang, Gang Yan, Leslie Chaltel Lima, Sophie Poulet, Meiou Dai et Suhad Ali a été publié dans Springer Nature Molecular Cancer (IF 34). L’étude a été financée par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC).
DOI: 10.1186/s12943-026-02587-9
Personne-ressource pour les médias
Evelyne Dufresne
Agente d'information, CUSM
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