Un essai clinique mondial révèle les antibiotiques les plus sûrs et les plus efficaces contre les infections sanguines à staphylocoque
Les résultats de la plus vaste étude jamais réalisée pour améliorer le traitement des infections causées par le staphylocoque doré (Staphylococcus aureus) — codirigée par des chercheurs de l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill — sont publiés simultanément dans le New England Journal of Medicine et The Lancet.
Un essai clinique international majeur a permis d’identifier les antibiotiques optimaux pour traiter les infections sanguines causées par Staphylococcus aureus, une avancée majeure qui devrait transformer la prise en charge de cette infection potentiellement mortelle. L’essai SNAP a démontré que la cloxacilline, appelée flucloxacilline dans de nombreux pays, ne devrait plus être considérée comme le traitement de premier choix pour traiter cette infection. Les résultats révèlent que la céfazoline et la benzylpénicilline constituent des solutions de rechange plus sûres et tout aussi efficaces pour les patients.
L’essai SNAP (Staphylococcus aureus Network Adaptive Platform Trial), dirigé par des chercheurs du Peter Doherty Institute for Infection and Immunity (Doherty Institute) et de l’Université de Newcastle en Australie, est le plus vaste essai clinique international jamais réalisé sur les infections causées par Staphylococcus aureus. Il a mobilisé plus de 150 hôpitaux dans plus de 14 pays. Cet essai multicentrique évalue rapidement différents antibiotiques et stratégies thérapeutiques afin de réduire la mortalité et d’améliorer les résultats cliniques des patients. Au Canada, l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (L’Institut) a coordonné l’étude dans six provinces et 32 hôpitaux.
Les infections à staphylocoque sont responsables de plus d’un million de décès chaque année. La forme la plus grave de l’infection survient lorsqu’elle atteint la circulation sanguine, entraînant un taux de mortalité allant de 15 à 25 %. Bien qu’il existe des antibiotiques efficaces pour traiter ces infections sanguines, l’incertitude persistait quant aux traitements offrant les meilleurs résultats pour les patients.
Les résultats de l’essai SNAP, publiés simultanément le 17 juin dans le New England Journal of Medicine (NEJM) et The Lancet, remettent en question la croyance de longue date selon laquelle la cloxacilline devrait demeurer le traitement de référence et fournissent de nouvelles données probantes importantes pour orienter les stratégies thérapeutiques.
« Pendant des décennies, nous ignorions quelle était la meilleure façon de traiter cette infection grave qui touche des centaines de milliers de patients dans le monde. On nous enseignait que la cloxacilline était la meilleure option, en se fondant sur l’avis d’experts et des données obtenues in vitro. Fait essentiel, nous disposons désormais de données issues d’un essai randomisé qui montrent que cette idée était erronée », explique le Dr Todd Lee, coauteur principal des deux articles, scientifique au sein du programme en maladies infectieuses et immunité en santé mondiale (MIISM) de L’Institut, médecin spécialiste en maladies infectieuses et en médecine interne au Centre universitaire de santé McGill et professeur à l’Université McGill. « Des essais internationaux comme SNAP contribuent à garantir que les résultats sont fiables, mais aussi applicables et susceptibles de transformer les soins à l’échelle mondiale. »
L’étude publiée dans le NEJM : comparaison entre la céfazoline et la cloxacilline
Dans l’étude publiée dans le NEJM, les chercheurs ont comparé des antibiotiques utilisés pour traiter les infections à Staphylococcus aureus sensible à la méthicilline (SASM). Ils ont constaté que la céfazoline est au moins aussi efficace que la cloxacilline, tout en étant associée à moins d’effets indésirables et à un risque moindre d’atteinte rénale.
Le professeur Steven Tong, du Royal Melbourne Hospital, médecin spécialiste des maladies infectieuses au Doherty Institute et codirecteur mondial de l’essai SNAP, affirme que les résultats fournissent des données probantes claires indiquant que la céfazoline devrait être considérée comme le traitement de première intention des infections sanguines causées par un Staphylococcus aureus sensible à la méthicilline (SASM).
« Dans le traitement des infections à SASM, il existe une probabilité de 89 % que la céfazoline soit associée à une mortalité plus faible, explique le Pr Tong. Les patients traités par céfazoline obtiennent de meilleurs résultats, et on note moins de décès dans les 90 jours suivant le traitement (15 %, comparativement à 17 % chez les patients ayant reçu de la flucloxacilline). La céfazoline a également été associée à moins de cas d’insuffisance rénale aiguë : 14 % contre 20 % avec la flucloxacilline. »
« Les résultats sont suffisamment convaincants pour que j’aie immédiatement modifié ma propre pratique clinique », ajoute-t-il.
L’étude publiée dans The Lancet : comparaison entre la benzylpénicilline et la cloxacilline
Dans l’article publié dans The Lancet, les chercheurs ont évalué si la benzylpénicilline pouvait être utilisée pour traiter les infections causées par un Staphylococcus aureus sensible à la pénicilline (SASP), lorsque des analyses de laboratoire confirmaient la sensibilité de la bactérie à la pénicilline.
Le Dr Todd Lee, premier auteur de l’étude publiée dans le NEJM et auteur principal de l’étude publiée dans The Lancet, qui a dirigé le recrutement de centaines de patients partout au Canada, affirme que la benzylpénicilline est aussi efficace que la cloxacilline et vraisemblablement plus sûre pour les patients.
« Les patients traités avec la benzylpénicilline ont subi moins d’atteintes rénales, et le taux de mortalité était également plus faible, soit 14 %, comparativement à 22 % dans le groupe traité avec la cloxacilline », dit le Dr Lee.
Un abandon progressif de la cloxacilline
Selon les chercheurs, ces résultats marquent un tournant dans le traitement des infections sanguines causées par un Staphylococcus aureus sensible à la méthicilline (SASM) ou à la pénicilline (SASP), et annoncent un changement dans les pratiques cliniques.
La pénicilline était autrefois largement utilisée pour traiter les infections causées par Staphylococcus aureus, mais l’émergence de la résistance aux antibiotiques a amené les cliniciens à adopter la cloxacilline comme traitement de référence des infections à SASM et à SASP. Au cours des dernières années, des chercheurs comme le Dr Matthew Cheng, de L’Institut, ont toutefois documenté la réapparition de la sensibilité à la pénicilline.
Ces résultats plaident en faveur de l’abandon de la cloxacilline comme traitement par défaut des infections à SASM et à SASP, compte tenu de l’existence de solutions de rechange tout aussi efficaces et plus sûres.
Le professeur Joshua Davis, médecin spécialiste en maladies infectieuses à l’Université de Newcastle et au Hunter Medical Research Institute, ainsi que codirecteur mondial de l’essai SNAP, explique que certaines souches de la bactérie sont de nouveau sensibles à la pénicilline, ce qui ravive l’intérêt pour une réintroduction prudente d’antibiotiques plus anciens.
« Ces résultats montrent que les cliniciens peuvent utiliser en toute confiance les résultats des tests de sensibilité à la pénicilline pour orienter le traitement lorsque ces analyses sont disponibles en laboratoire », explique le Pr Davis.
Lyn Whiteway, survivante d’une septicémie et patiente partenaire dans le cadre des deux essais, salue ces résultats.
« Ces résultats permettront de sauver des vies et d’épargner aux patients des complications inutiles », affirme Mme Whiteway.
« Nous sommes profondément reconnaissants envers les patients canadiens qui ont participé à l’essai SNAP. Les essais cliniques ne sont possibles que grâce à des personnes qui acceptent de contribuer à la recherche à un moment particulièrement vulnérable de leur vie. Leur participation a permis de produire des données probantes qui amélioreront les soins offerts aux patients atteints d’infections graves à Staphylococcus aureus, aujourd’hui et pour de nombreuses années à venir », souligne la Dre Emily McDonald, scientifique au sein du programme MIISM de L’Institut et cochercheuse principale des deux études.
Le prochain défi : intégrer ces résultats à la pratique clinique
Les chercheurs estiment que la prochaine étape consistera à faire adopter ces résultats dans la pratique clinique courante.
Bien que l’accès à la céfazoline doive être amélioré dans certains pays, les chercheurs soulignent que la mise en œuvre de ces résultats reposera en fin de compte sur leur intégration dans les soins cliniques par les hôpitaux, les laboratoires et les groupes chargés d’élaborer les lignes directrices de pratique.
« En réunissant des patients, des chercheurs et des hôpitaux du monde entier, nous pouvons répondre à des questions importantes plus rapidement et avec un degré de confiance plus élevé que ne le pourrait un seul centre agissant seul, explique le Dr Lee. Les essais cliniques produisent les données probantes, mais l’étape suivante consiste à faire en sorte qu’elles se traduisent par des changements dans la pratique clinique. »
À propos de l’essai SNAP
- L’essai SNAP est une importante étude clinique mondiale dirigée par l’Australie visant à déterminer les traitements les plus efficaces contre les infections sanguines causées par Staphylococcus aureus chez les patients de tous âges.
- Il s’agit de la plus vaste étude jamais réalisée dans le monde pour améliorer le traitement des infections causées par Staphylococcus aureus.
- À ce jour, des participants ont été recrutés dans le cadre de l’essai SNAP en Allemagne, en Australie, au Canada, en France, aux États-Unis, en Israël, au Japon, en Malaisie, en Nouvelle-Zélande, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni, à Singapour, en Afrique du Sud et en Suède. L’essai se poursuivra afin d’évaluer de nouvelles approches visant à améliorer les résultats cliniques des patients atteints de cette infection grave.
À propos des études
Article évalué par les pairs : The Staphylococcus aureus Network Adaptive Platform (SNAP) Trial Group. Cefazolin for Methicillin-Susceptible Staphylococcus aureus bacteremia. The New England Journal of Medicine (NEJM) (2026). DOI : http://doi.org/10.1056/NEJMoa2506905
Article évalué par les pairs : The Staphylococcus aureus Network Adaptive Platform (SNAP) Trial Group. Benzylpenicillin versus flucloxacillin or cloxacillin for the treatment of penicillin-susceptible Staphylococcus aureus bacteraemia (SNAP): an international, multicentre, open-label, non-inferiority randomised controlled trial. The Lancet 2026; publié en ligne le 17 juin. DOI : https://doi.org/S0140-6736(26)00761-0
Financement : Cette étude a été financée par le National Health and Medical Research Council (NHMRC) et le Medical Research Future Fund (MRFF) en Australie ; par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) et le Consortium canadien Accélérer les essais cliniques (ACTAEC) ; par le University Medical Center (UMC) Utrecht et ZonMw aux Pays-Bas ; par le Health Research Council of New Zealand (HRC) et la Starship Foundation en Nouvelle-Zélande ; par le National Healthcare Group Fund et le National Medical Research Council (NMRC) à Singapour ; par le National Institute for Health and Care Research (NIHR) au Royaume-Uni; ainsi que par la Paterson Family Foundation, qui a soutenu les activités menées en Afrique du Sud.
Collaboration : Cette étude a été dirigée par des chercheurs du Doherty Institute (un partenariat entre l’Université de Melbourne et le Royal Melbourne Hospital) et de l’Université de Newcastle, dans le cadre de l’essai SNAP. Elle est le fruit d’un consortium international réunissant le Doherty Institute (Australie), Aotearoa Clinical Trials (Nouvelle-Zélande), l’European Clinical Research Alliance on Infectious Diseases (ECRAID, Pays-Bas), l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (L’Institut, Canada), l’University College London Innovative Clinical Trials Unit (Royaume-Uni), l’University Medical Center Utrecht (Pays-Bas), la Clinical HIV Research Unit (CHRU, Afrique du Sud), le Tan Tock Seng Hospital (TTSH, Singapour), ainsi que la Rambam Health Corporation, le Sheba Fund for Health Services and Research et l’hôpital Beilinson (Israël).
Personne-ressource pour les médias
Fabienne Landry
Coordonnatrice des communications, Recherche, CUSM
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