Une nouvelle étude canadienne apporte un éclairage sur une allergie alimentaire infantile souvent mal comprise

La première étude canadienne consacrée au syndrome d'entérocolite induite par les protéines alimentaires (SEIPA) aide les cliniciens à mieux reconnaître une affection peu connue qui peut conduire des nourrissons et de jeunes enfants aux urgences en raison de vomissements sévères et d'une déshydratation.


Quelques heures après avoir mangé, un nourrisson peut soudainement présenter une réaction grave qui laisse ses parents désemparés. Derrière de tels épisodes peut se cacher le syndrome d’entérocolite induite par les protéines alimentaires (SEIPA), une condition souvent confondue avec d’autres problèmes de santé et qui passe fréquemment inaperçue.

Une nouvelle étude menée par des chercheurs de l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (L’Institut) décrit les symptômes et éléments déclencheurs associés à ce syndrome, ainsi que son évolution chez 87 enfants âgés d’un mois à 13 ans, suivis à l’Hôpital de Montréal pour enfants et dans une clinique affiliée. Publiée dans la revue International Archives of Allergy and Immunology, cette étude constitue la première cohorte canadienne consacrée au SEIPA.

Dr Moshe Ben-Shoshan, auteur principal de l’étude, allergologue-immunologue pédiatrique à l’Hôpital de Montréal pour enfants (HME)

« Le SEIPA est une réaction immunitaire qui provoque une inflammation de l’intestin et peut entraîner des vomissements sévères, une grande fatigue et une déshydratation quelques heures après l’ingestion de certains aliments, explique le Dr Moshe Ben-Shoshan, auteur principal de l’étude, allergologue-immunologue pédiatrique à l’Hôpital de Montréal pour enfants (HME) et scientifique au sein du Programme en maladies infectieuses et immunité en santé mondiale de L’Institut. Un épisode aigu peut être extrêmement inquiétant pour les parents. Sans diagnostic clair, plusieurs familles se présentent à répétition à l’urgence avant d’obtenir des réponses. »

Des symptômes qui peuvent prêter à confusion

Le SEIPA se distingue des allergies alimentaires classiques par le fait qu’il ne met pas en jeu les anticorps responsables des réactions allergiques qui surviennent dans les minutes qui suivent l’ingestion de l’allergène. Il ne provoque généralement ni urticaire, ni enflure, ni difficultés respiratoires, ni choc anaphylactique.

Selon les chercheurs, les symptômes apparaissent généralement entre une et quatre heures après l'ingestion de l'aliment déclencheur et ressemblent souvent à ceux d'une gastro-entérite, ce qui peut compliquer la détection clinique. Lorsque ce syndrome n’est pas reconnu, les enfants peuvent subir des restrictions alimentaires inutiles et être exposés à un risque accru de carences nutritionnelles à un moment crucial de leur croissance et de leur développement.

Les chercheurs ont observé que l’âge médian d’apparition des symptômes était de sept mois et que la majorité des réactions survenaient avant l’âge de deux ans.

Bien que pratiquement n’importe quel aliment puisse déclencher une réaction, les principaux aliments en cause dans la cohorte étaient l’œuf (27,6 %), les fruits de mer (21 %), le lait (11,2 %), le poisson (10,3 %), les arachides (10,3 %), l’avoine (7 %), les fruits (6,2 %) et le soya (3,1 %). Environ 9 % des enfants ont réagi à plus d’un aliment.

Près de 42 % des enfants présentaient également de l’eczéma ou une dermatite atopique, tandis que 20,4 % souffraient d’autres allergies alimentaires et 14 % souffraient d’asthme. Plus du tiers des participants (36.6 %) ne présentaient toutefois aucune autre condition associée.

Angela Mulé, première auteure de l’étude et étudiante au premier cycle à l’Université McGill

« L’un des constats les plus encourageants de notre étude est que la majorité des enfants développent une tolérance à leur aliment déclencheur avec le temps et que la maladie se résorbe souvent avant d’atteindre l’âge scolaire », explique Angela Mulé, première auteure de l’étude et étudiante au premier cycle à l’Université McGill. En effet, plus de 80 % des enfants suivis ne présentaient plus de symptômes au cours des années suivant leur diagnostic.

« Les résultats de cette étude soulignent l’importance de mieux faire connaître le SEIPA auprès des médecins de famille, des pédiatres, des urgentologues et des autres professionnels de première ligne, qui sont souvent les premiers à évaluer ces enfants, dit le Dr Ben-Shoshan. Un diagnostic précoce permet d’offrir aux familles les outils et l’accompagnement nécessaires pour gérer la maladie en toute confiance. »

L’équipe de recherche prévoit élargir l’étude à d’autres provinces canadiennes afin de comparer les aliments déclencheurs, les pratiques de prise en charge et l’évolution du SEIPA à travers le pays. Les chercheurs souhaitent également mieux comprendre les différences entre le SEIPA chez les enfants et chez les adultes.
 

Financement

Le projet a bénéficié d’une bourse étudiante de recherche de la Société canadienne d’allergie et d’immunologie clinique (SCAIC), accordée à Angela Mulé.

À propos de l’étude

L’article Food Protein-Induced Enterocolitis Syndrome (FPIES) among Canadian children living in Montreal  par Angela Mulé, Pasquale Mulé, Adnan Al Ali, Catherine Prattico, Xun Zhang, Christine McCusker, Vicky Le Blanc, et Moshe Ben-Shoshan a été publié dans la revue International Archives of Allergy and Immunology.

DOI : 10.1159/000552386

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Evelyne Dufresne
Agente d’information, CUSM
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