Une première au Canada : des volontaires intentionnellement exposés au virus de l’influenza pour accélérer la recherche sur les vaccins

Menée dans des unités de recherche spécialisées à Montréal et à Halifax, l’étude vise à accélérer l’évaluation des vaccins tout en renforçant l’expertise du Canada pour faire face à de futures menaces pandémiques.

Pour la première fois au Canada, des chercheurs exposent intentionnellement des volontaires en bonne santé au virus de l’influenza, dans des conditions soigneusement contrôlées, afin d’établir un modèle de recherche qui pourrait accélérer l’évaluation de futurs vaccins contre l’influenza et renforcer la préparation du pays aux pandémies.

L’étude a débuté en juin au Centre canadien de vaccinologie (CCfV), un partenariat de recherche entre IWK Health, Nova Scotia Health et l’Université Dalhousie, à Halifax, et le 11 septembre au Centre de médecine innovatrice (CMI) de l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (L'Institut), à Montréal. Les huit premiers participants ont terminé la phase initiale de l’étude à Halifax, et les deux premiers participants ont maintenant commencé l’étude à Montréal.

Contrairement aux essais conventionnels de vaccins, dans lesquels les chercheurs comptent souvent sur l’exposition naturelle des participants aux virus en circulation, ce type de recherche, appelé modèle d’infection contrôlée chez l’humain (CHIM, pour Controlled Human Infection Model), permet d’exposer des volontaires en bonne santé, rigoureusement sélectionnés, à une dose précisément mesurée d’un virus de l’influenza dont les caractéristiques sont bien connues, dans un environnement clinique contrôlé. Les participants font ensuite l’objet d’une surveillance étroite afin de déterminer lesquels sont infectés, quelle quantité de virus ils excrètent et comment leur système immunitaire réagit.

L’étude actuelle ne vise pas à tester un vaccin. Les chercheurs cherchent plutôt à établir le modèle d’infection par l’influenza à l’aide d’un virus saisonnier H3N2 bien caractérisé. Leur objectif est de déterminer une dose qui provoque de façon fiable une forme légère à modérée de la grippe et de recueillir les données sur l’innocuité, les données virologiques et les données sur la réponse immunitaire nécessaires à l’utilisation du modèle dans de futures études sur les vaccins. 

Brian Ward

« Le développement conventionnel des vaccins repose ultimement sur de vastes essais d’efficacité sur le terrain, dans lesquels les chercheurs attendent que les participants soient naturellement exposés au virus. Ces essais peuvent être longs et coûteux, explique le cochercheur principal, le Dr Brian Ward, scientifique principal à L'Institut, directeur du Centre d’étude des vaccins du CUSM et professeur de médecine à l’Université McGill. Avec cette étude, nous pourrons apprendre en quelques jours ce qui est difficile à observer dans un essai sur le terrain. »

S’il est établi avec succès, ce modèle pourrait permettre aux chercheurs d’identifier plus rapidement les candidats-vaccins prometteurs avant de passer à des essais de phase 3 beaucoup plus vastes. Il pourrait également aider à déterminer si un vaccin, en plus de protéger les personnes contre la maladie, réduit la quantité de virus qu’elles excrètent, fournissant ainsi des renseignements importants sur sa capacité potentielle à limiter la transmission.

Renforcer les capacités canadiennes de recherche en vue de futures pandémies

Financé par une subvention des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) consacrée à la préparation aux pandémies, le projet vise à mettre en place l’infrastructure, l’expertise et les processus normalisés nécessaires pour mener des études d’infection contrôlée chez l’humain au Canada. Il contribuera également à développer la capacité de produire au pays des virus d’épreuve conformes aux bonnes pratiques de fabrication (BPF), réduisant ainsi la dépendance à l’égard de virus produits à l’étranger. Les BPF garantissent que les virus sont produits selon des normes de qualité rigoureuses et font l’objet d’analyses et de tests approfondis, notamment pour confirmer leur sensibilité aux médicaments antiviraux. 

« En développant cette expertise spécialisée au Canada à l’aide d’un virus de l’influenza saisonnière, les chercheurs canadiens pourraient éventuellement être en mesure de produire plus rapidement de nouvelles souches d’épreuve, notamment en réponse à l’émergence d’une nouvelle menace saisonnière ou pandémique », explique le cochercheur principal, le Dr Scott Halperin, professeur de pédiatrie, de microbiologie et d’immunologie à l’Université Dalhousie et directeur du CCfV. 

« L’objectif est de disposer de l’expertise et de l’infrastructure nécessaires avant que la prochaine menace n’émerge, ajoute le Dr Ward. En développant cette capacité dès maintenant, le Canada pourrait être beaucoup mieux placé pour réagir rapidement lorsqu’une nouvelle menace liée à l’influenza se présentera. »

Des mesures de sécurité et de contrôle rigoureuses tout au long de l’étude

L’étude comptera 32 participants, soit 16 à chaque site. Elle débute avec une dose plus faible du virus d’épreuve de l’influenza, les participants recevant soit le virus, soit un placebo sous forme de solution saline. Un comité indépendant de surveillance des données et de l’innocuité examinera les données sur l’innocuité et les résultats de l’étude avant que les chercheurs passent à une dose plus élevée. À cette dose, les chercheurs s’attendent à ce qu’environ 60 à 70 % des participants exposés au virus développent une forme légère à modérée de la grippe.

Les participants sont des adultes en bonne santé âgés de 18 à 45 ans, rigoureusement sélectionnés et ne présentant pas de risque accru de développer une forme grave de la grippe. Tous ont donné leur consentement éclairé. Dans chaque cohorte de quatre personnes, trois reçoivent le virus d’épreuve par voie nasale et une reçoit un placebo sous forme de solution saline. Ils demeurent pendant au moins sept jours dans des chambres individuelles à pression négative spécialement conçues à cette fin.

Les chambres à pression négative sont équipées d’un système qui contrôle la circulation de l’air et filtre l’air évacué afin d’empêcher l’air potentiellement infectieux de se propager à l’extérieur. Les participants sont suivis de près par des professionnels de la santé présents dans l’unité et peuvent recevoir un traitement antiviral au besoin. Avant de quitter l’unité, ils doivent obtenir un résultat négatif à un test PCR de dépistage de l’influenza par écouvillonnage nasal deux jours de suite.

L’étude utilise une souche saisonnière H3N2 bien caractérisée et fabriquée conformément aux BPF, fournie par le National Institute of Allergy and Infectious Diseases (NIAID) des États-Unis, qui fait partie des National Institutes of Health (NIH).

Comme toutes les études menées au Canada auprès de participants humains, cette étude a fait l’objet d’un examen scientifique et éthique indépendant avant le recrutement des participants. La souche du virus de l’influenza administrée dans le cadre de l’étude a été approuvée pour une utilisation chez l’humain par la Direction des médicaments biologiques et radiopharmaceutiques (DMBR) de Santé Canada.


Personnes-ressource pour les médias

Fabienne Landry
Centre universitaire de santé McGill
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Caitlynne Hines 
Canadian Center for Vaccinology 
[email protected]