Le contrôle des infections, c'est l'affaire de tous

Un projet pilote pour lutter contre les infections nosocomiales démontre que renforcer le pouvoir d’action des employés est la voie à suivre

« Les infections nosocomiales sont encore un grave problème qu’il faut surveiller de près, explique Sophie Baillargeon, directrice associée des soins infirmiers par intérim pour la Qualité, la performance et l’engagement des patients au Centre universitaire de santé McGill (CUSM). Nous savons que l’hygiène des mains est la mesure de contrôle des infections la plus efficace. Pourtant, nous ne nous lavons pas assez les mains et ne désinfectons pas le matériel et l’environnement autant que nous le devrions et aux moments où nous le devrions. Le programme Contrôle Spécifique des Infections - Stratégies de Succès (CSISS) a été créé pour modifier cette situation. »

Depuis le mois de mars, quatre équipes du site Glen du CUSM, soit les unités B9 (Département de pédiatrie), C9-D9 (Département de médecine interne) et le Service des transports, ont adopté une série de stratégies dans le cadre du programme CSISS pour améliorer l’hygiène des mains, le nettoyage et la désinfection.

Joshua Pinto

Réflexions du préposé au transport Joshua Pinto sur son rôle de porte-parole de l’hygiène des mains et du nettoyage

« Il faut tenir les gens informés pour éviter qu’ils commencent à adopter de mauvaises habitudes. Nous tentons d’éduquer l’équipe et de favoriser l’adoption d’une nouvelle culture, où tout le monde est sur la même longueur d’onde. Notre message est de bien se laver les mains, de bien nettoyer le matériel et de ne pas porter des gants inutilement. Si nous respectons ces étapes, nous pourrons éliminer les maladies nosocomiales. Au CUSM, nous avons un objectif de zéro infection. »

 

Des porte-paroles pour transmettre le message

Le programme CSISS commence par l’éducation. Les membres de chaque équipe suivent une formation et certains, tels que le préposé au transport Joshua Pinto, deviennent des « champions » ou porte-paroles. Ainsi, Joshua rappelle constamment que le contrôle des infections est l’affaire de tous.

« J’ai participé à quelques séances de formation sur une bonne hygiène des mains, la bonne utilisation des gants et le bon nettoyage de l’équipement, affirme Joshua, qui est souvent en contact direct avec les patients. Maintenant, je réponds aux questions de mes collègues, et si quelqu’un ne respecte pas le protocole, je lui rappelle gentiment ce qu’il faut faire. »

D’après Anaïck Briand, gestionnaire de projet pour le programme d’amélioration des soins infirmiers, la formation a donné d’excellents résultats au sein de l’équipe de transport.

« Avant la formation, dans 93 % des cas, ils se lavaient les mains avant d’entrer dans une chambre, mais seulement dans 55 % des cas quand ils en sortaient. Après la formation, cette proportion était passée à 96 % au moment d’entrer et de sortir d’une chambre. Le bon usage des gants s’est également beaucoup amélioré. »

Des vérifications du lavage des mains

L’équipe de direction en soins infirmiers et le personnel de contrôle des infections procèdent à de fréquentes vérifications  des équipes. Aux unités C9 et D9, chaque membre de l’équipe soignante, y compris les préposés aux bénéficiaires, les préposés à l'entretien ménager, les infirmières, les étudiants en soins infirmiers, les résidents et les médecins, est soumis à des vérifications de ses pratiques d’hygiène des mains et de la désinfection.

« Nous utilisons des tablettes électroniques et deux types de logiciels pour enregistrer les données sur l’hygiène des mains, les pratiques courantes de nettoyage, le nettoyage au congé et le bon usage de l'équipement de protection individuelle (gants, blouses, etc.), déclare Aparna Bhattacharjee, gestionnaire des soins infirmiers aux unités de médecine interne C9-D9. Le service de gestion de la qualité compile ensuite les résultats et prépare des graphiques qui reflètent notre réalité. Cette technologie, de même que les données qu’elle produit, a transformé le concept abstrait d’hygiène des mains en données personnalisées et tangibles dont on peut discuter au sein de nos équipes et avec nos collègues médecins ou ceux de l'entretien ménager. Grâce à nos vérifications, le lavage des mains de l’équipe des soins infirmiers, des médecins et des services d'entretien ménager a considérablement augmenté. »

L'unité D9 (Département de médecine interne) a surpassé la cible pour le taux de respect de l’hygiène des mains en octobre 2016

Des réunions hebdomadaires pour être sur la même longueur d’onde

Le personnel de médecine interne de l’unité C9 et l’équipe du Service de transport

 

Les huddles sont un aspect essentiel de la réussite du programme CSISS. Ici, le personnel de médecine interne de l’unité C9 et l’équipe du Service de transport sont réunis pour leur réunion hebdomadaire

La réunion hebdomadaire (huddle) est un volet important du projet CSISS. C’est un moment où les membres de l’équipe et le personnel de contrôle des infections se rassemblent autour du tableau des mesures de la qualité pour revoir les objectifs, évaluer les taux d’infections et analyser les résultats de la vérification de l’hygiène des mains. Les réunions sont devenues une habitude, un moment pour célébrer les petites victoires ou pour affronter les situations problématiques dès qu’elles surgissent.

« Les huddles sont essentiels, précise Aparna. Nous invitons chaque membre de l’équipe soignante à une réunion de 15 minutes pour examiner l’information sur les dernières vérifications et les résultats les plus récents et sur l’incidence d’infections nosocomiales. Si tout va bien, nous nous félicitons les uns les autres. S’il y a un problème, nous nous attachons à le résoudre. »

Selon Aparna, le secret de la réussite du projet vient du fait qu’il « s’appuie sur les forces et l’engagement des personnes extraordinaires qui travaillent dans l’unité. Nous encourageons et accueillons les idées de chacun. Par exemple, au cours d’un huddle, nous parlions d’une éclosion de C difficile (Clostridium difficile), quand l’un de nos préposés aux bénéficiaires, Jean-Claude Cadeau, a dit : “Pourquoi n’utilisons-nous pas les stations de lingettes à l’extérieur de chaque chambre? Ce sont des lingettes de peroxyde d’hydrogène. Pendant les éclosions, nous pourrions les remplacer par des lingettes d’eau de Javel.” C’était une excellente idée, et nous l’avons adoptée. »

L’initiative aux employés

Tom Lombardi, gestionnaire de section pour le transport des patients, constate également les avantages de donner l’initiative aux employés.

« Nous recevons des rapports de la situation sur chaque site chaque semaine. Pendant les huddles, nous consignons les idées et le nom des personnes qui les formulent. Elles se sentent entendues. »

Pour Anaïck et ses collègues, il était important d’essayer diverses stratégies avec les équipes et de voir ce qui fonctionnait.

« Nous travaillons systématiquement, un petit pas à la fois, illustre-t-elle. Nous pouvons adopter, adapter ou abandonner une idée, sans investir trop d’argent, de temps ou de ressources. Mais surtout, ce projet nous fait prendre conscience des conséquences de nos gestes sur le taux d'infections nosocomiales et, conséquemment, sur la santé de nos patients. »

Des résultats encourageants

D’après la docteure Caroline Quach, pédiatre infectiologue, microbiologiste médicale et codirectrice du Centre d’étude des vaccins de l’Hôpital de Montréal pour enfants du CUSM (HME-CUSM), le personnel de l’HME connaissait déjà l’importance de la prévention et du contrôle des infections, comptait des porte-paroles dans chaque service et chaque unité et procédait à des vérifications régulières de l’hygiène des mains. Il restait pourtant des cas d’infections des voies respiratoires associées aux soins, même si aucun organisme multirésistant n’avait été transmis.

« Le projet pilote CSISS réalisé à l’unité B9 a permis de faire ressortir des méthodes d’amélioration de la qualité, et il a été extraordinaire de constater que, grâce à l’engagement de toute l’équipe du projet pilote CSISS, la transmission des infections des voies respiratoires supérieures a beaucoup diminué. Il est encore trop tôt pour dire si cette diminution se maintiendra tout au long de l’hiver, mais c’est un bon début, très encourageant! »

« Les résultats du programme sont tout simplement phénoménaux », dit le Dr Charles Frenette, directeur médical du Contrôle des infections au CUSM, en faisant remarquer que les unités concernées ont presque éradiqué l’acquisition de C. difficile et des ERV (Entérocoques Résistants à la Vancomycine) ainsi que la transmission du SARM (Staphylococcus Aureus Résistant à la Méthicilline).

« Nous n’aurions jamais cru qu’obtenir un tel résultat serait possible il y a deux ans», dit-il. Grâce à ce programme, non seulement nous rendons notre environnement plus sûr pour nos patients, mais nous réduisons également les coûts afin de mieux utiliser nos ressources limitées. »

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