Movember : Ne passez pas sous silence vos problèmes de santé mentale

En novembre, le mouvement Movember attire l’attention sur la santé des hommes, y compris sur la souffrance mentale souvent ignorée et ses conséquences

Ce n’est jamais une bonne idée de dissimuler des problèmes de santé. Pourtant, les hommes ressentent parfois le besoin de taire leurs soucis de santé et de braver la douleur. Le mouvement Movember s’oppose à la notion selon laquelle les hommes devraient se taire lorsqu’il s’agit de santé mentale. La prise de parole est un obstacle majeur à l’obtention de l’aide nécessaire dans un pays où 75 % des victimes de suicide sont des hommes.

Robert, 61 ans, n’est jamais allé jusqu’à s’auto-infliger des blessures, mais il s’estime chanceux d’avoir échappé à la mort quand la dépendance aux opioïdes a pris le dessus sur sa vie. Le Montréalais est devenu accro aux analgésiques après s’en être fait prescrire, à la suite d’une chute de 20 pieds où il s’est retrouvé sur la chaussée, alors qu’il taillait les branches d’un arbre. Robert s’est cassé l’épaule. Les médicaments d’ordonnance ont pu stabiliser la douleur vive et lui ont permis de continuer de s’acquitter de certaines tâches quotidiennes. Mais les effets sur sa santé étaient omniprésents. Robert n’avait pas la force de se tenir aux mains courantes des autobus et il s’endormait à son bureau, s’éveillant même une fois pour constater qu’il avait rempli des pages complètes après s’être assoupi sur une touche de son clavier. Pendant quatre ans, la tolérance de Robert aux opioïdes a augmenté, et il a dû prendre des doses croissantes pour atténuer la douleur. Comme il reconnaissait qu’il en arriverait bientôt à un point de rupture, Robert a cherché des alternatives pour composer avec la douleur.

« La quantité de médicaments que je prenais pourrait vous tuer, se rappelle Robert. J’ai continué de me rendre au travail et de conduire, même si je n’aurais pas dû. On s’attend à ce que vous sachiez comment vous occuper de vous-même dans beaucoup de situations. La vie doit continuer. C’est une souffrance mentale dont j’aurais pu me passer. J’aurais dû m’efforcer de prendre du mieux plutôt que d’essayer de travailler. »

Sortir de cette impasse a été un des défis les plus difficiles que Robert a dû relever dans sa vie.

« Souvent, les gens qui consomment des opioïdes pour soulager la douleur reconnaissent qu’ils ont commencé à le faire pour traiter une douleur émotionnelle plutôt qu’une seule douleur physique », dit le Dr Ronald Fraser, chef du Service de désintoxication en établissement du CUSM. « Au fil du temps, ils perdent la maîtrise de leur consommation de substances. »

« D’autres mécanismes importants, comme la tolérance et la dépendance physique peuvent aussi contribuer à l’augmentation des doses », signale la Dre Kathryn Gill, psychothérapeute et chercheuse au CUSM. « La peur de vivre un inconfort lié au sevrage peut mener à la consommation continue d’opioïdes, même si on reconnaît être sous sédation ou avoir des facultés affaiblies sur le plan du travail ou du fonctionnement social. »

Robert a fini par se dire qu’il en avait assez, ayant sans cesse augmenté ses doses pendant quatre ans. Après avoir été aiguillé vers l’Unité de gestion de la douleur Alan-Edwards, Robert a été renvoyé à l’Unité d’alcoologie et de toxicologie du CUSM, au Centre Griffith Edwards (GEC), où il s’est retrouvé entouré de gens aux prises avec des problèmes semblables et issus d’un éventail de milieux sociaux : des itinérants jusqu’à des hommes d’affaires, en passant par des athlètes professionnels. Il lui a fallu sept semaines, mais Robert a vite réussi à composer avec la douleur et à gérer ses attentes sans médicaments.

« Ce qu’on pense à tort, c’est que lorsque vous ne consommez plus, c’est tout, vous reprendrez une vie normale. Mais ce n’est que le début – il faut énormément de temps pour remettre ensemble les pièces du casse-tête de votre vie. »

Après être passé par le GEC, Robert a trouvé du soutien auprès du Chronic Pain Support Group Montreal (CPSGM), où des patients peuvent s’exprimer au sujet de leur douleur physique et mentale devant des pairs ayant déjà vécu des situations semblables. Il a aussi participé à la conception et à la mise sur pied d’un programme de mentorat par les pairs pour les patients traités à la Mission en santé mentale du CUSM, soit le programme de transition et de rétablissement (PTR).

« Les pairs mentors offrent de l’espoir et de l’encouragement à ceux qui éprouvent des difficultés semblables, et les mentors tirent aussi des bienfaits de l’aide qu’ils apportent aux autres », dit Patricia Lucas, coordonnatrice du programme de transition et de rétablissement, qui est soutenu par la Fondation de l’Hôpital général de Montréal.

Une rencontre du PTR (Patricia Lucas à droite)

Aujourd’hui, Robert siège au comité directeur du PTR, à titre bénévole, afin de guider l’élaboration du programme.

« Je suis très impressionné par le réseau de chirurgiens, de médecins, de thérapeutes, de bénévoles et de coordonnateurs très qualifiés du CUSM qui ont contribué à me remettre sur pied après ma chute, dit Robert. Nous ne sommes pas tous des bons à rien, des gens peu fonctionnels qui ne méritent rien. La conception selon laquelle [les toxicomanes] sont responsables de ce qui leur arrive ne pourrait être plus loin de la vérité. Le PTR redonne aux gens ce sentiment d’appartenance à la société et les revalorise, et il m’a aidé à rebâtir des relations. Les fausses conceptions peuvent donner lieu à des préjugés et amener les toxicomanes à opposer une résistance aux gens qui contribuent à la vie autour d’eux. Les effets sont incroyablement vastes. »

Si vous ou un proche avez besoin d’un traitement lié à la dépendance à une substance, vous pourriez commencer par visiter votre médecin de famille ou votre CLSC local, où le GASM (Guichet d’accès en santé mentale) vous mettra en communication, en moins de 72 heures, avec un professionnel de la santé mentale. Vous pouvez aussi communiquer avec le GEC pour prendre rendez-vous, ou composer le 514-934-8311. Pour de plus amples renseignements au sujet du programme de transition et de rétablissement (PTR), consultez le site suivant : http://recoverytransitionprogram.com/fr/a-propos-de-nous/ 

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