Traitement de la tuberculose latente : plus c'est court, mieux c'est

Un traitement de courte durée s’avère plus sécuritaire et plus efficace pour les enfants et les adultes

Montréal – Le traitement de la tuberculose latente devrait se transformer après que deux études de l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (IR‑CUSM) eurent révélé que, comparativement au traitement standard, un traitement administré sur une période plus courte était plus sécuritaire et plus efficace, et ce, tant chez les enfants que chez les adultes. Ces conclusions sont publiées aujourd’hui dans le New England Journal of Medicine.

Menée sous la direction du Dr Dick Menzies, l’étude a suivi 850 enfants et 6 800 adultes présentant une infection tuberculeuse latente; il s’agit d’une forme inactive de la maladie, qui ne provoque pas de symptômes, mais qui peut se transformer en maladie grave si elle n’est pas traitée. Cette étude représente l’un des plus importants essais cliniques liés à la tuberculose à avoir été réalisé en milieu pédiatrique.

Traitement de la tuberculose latente : plus c'est court, mieux c'est

L’équipe du Dr Menzies a comparé les résultats obtenus chez les patients ayant une tuberculose latente qui avaient reçu le traitement standard de neuf mois à l’isoniazide (INH) aux résultats obtenus chez les patients ayant reçu un traitement de quatre mois à la rifampicine. Plus de 85 % des enfants ont reçu le traitement complet à la rifampicine sans développer de tuberculose active, comparativement à 76 % des enfants ayant reçu le traitement complet à l’isoniazide, groupe dans lequel deux enfants ont développé une tuberculose active. Les résultats ont été similaires chez les adultes; l’acceptation et l’achèvement du traitement à la rifampicine ont été nettement plus élevés et ont entraîné beaucoup moins d’effets secondaires, plus particulièrement un nombre moins élevé de cas d’hépatite médicamenteuse (l’INH peut entraîner une toxicité hépatique grave, qui peut s’avérer fatale ou nécessiter une greffe du foie).

Outre le fait de constituer un traitement beaucoup plus court, la rifampicine a été associée à des taux de développement de tuberculose active légèrement plus faibles, ce qui révèle que ce traitement est au moins tout aussi efficace que le traitement de neuf mois à l’INH pour ce qui est de prévenir la tuberculose.

« Le traitement de quatre mois à la rifampicine change fondamentalement la donne en matière de prévention de la tuberculose, explique le Dr Menzies, pneumologue au Centre universitaire de santé McGill (CUSM) et professeur de médecine, d’épidémiologie et de biostatistique à l’Université McGill. Le traitement de quatre mois s’est avéré tout aussi efficace pour prévenir la tuberculose tout en étant plus sécuritaire et plus acceptable. Nous croyons fermement que ce traitement de quatre mois à la rifampicine devrait remplacer le traitement de neuf mois à l’isoniazide (INH) chez la majorité des personnes ayant besoin d’être soignées pour une tuberculose latente. »

Après avoir traité des patients originaires de neuf pays différents (Australie, Bénin, Brésil, Canada, Ghana, Guinée, Indonésie, l’Arabie saoudite et Corée du Sud), le Dr Menzies s’attend à ce qu’à l’échelle mondiale, les conclusions de l’étude soutenue par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) aient une incidence importante sur l’élaboration des futures lignes directrices liées au traitement de la tuberculose latente.

Dr Menzies et Chantal Valiquette, Coordinatrice de recherche

Dr Menzies et Coordinatrice de recherche Chantal Valiquette, coordinatrice de recherche

« Les découvertes susmentionnées liées au traitement de la tuberculose latente vont nous amener à porter un regard neuf sur les pratiques mondiales, ajoute le Dr Menzies, qui a agi à titre de conseiller en matière de tuberculose auprès des organismes suivants : Agence de la santé publique du Canada, Citoyenneté et Immigration Canada (CIC), centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC), et Organisation mondiale de la Santé (OMS). Nous nous attendons à ce que la découverte que nous annonçons aujourd’hui ait une incidence considérable sur la tuberculose, qui se classe encore au premier rang des maladies infectieuses les plus mortelles à l’échelle mondiale, causant plus de décès que le sida, la malaria, les maladies diarrhéiques et d’autres maladies tropicales. »

« Ces études fort minutieuses et éclairantes soulignent le travail exceptionnel du groupe du Dr Menzies, qui a créé de nouveaux paradigmes dans le diagnostic et le traitement de la tuberculose pendant plus de deux décennies » déclare le Dr Bruce Mazer, directeur exécutif intérimaire et chef de la direction scientifique de l'IR-CUSM.

Le traitement d’une infection tuberculeuse latente constitue un élément clé de la stratégie de l’OMS pour mettre fin à la tuberculose et un élément important des plans de cet organisme pour éradiquer la tuberculose dans les pays à revenu élevé. Le quart de la population mondiale est infecté par la tuberculose latente, et 10 % des personnes ainsi infectées vont développer une tuberculose active.

 

À propos de l’étude

Le Dr Dick Menzies, est l’auteur de l’étude intitulée « Safety and Side Effects of Rifampin versus Isoniazid in Children », DOI : 10.1056/NEJMoa1714284. Le Dr Dick Menzies est aussi l’auteur de l’étude intitulée « Four Months of Rifampin versus Nine Months Isoniazid for Latent TB in Adults », DOI : 10.1056/NEJMoa1714283. 

Hyperliens menant aux études

Enfants : www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMoa1714284

Adultes : www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMoa1714283

 

L’étude intitulée « Safety and Side Effects of Rifampin versus Isoniazid in Children » a bénéficié d’une subvention des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC); le volet brésilien de cette étude a bénéficié d’une subvention du Conselho Nacional de Pesquisa [conseil de la recherche scientifique] du Brésil. L’étude intitulée « Four Months of Rifampin or Nine Months of Isoniazid for Latent Tuberculosis in Adults » a bénéficié d’une subvention des Instituts de recherche en santé du Canada; le volet australien de cette étude a bénéficié d’une subvention de l’Australian National Health and Medical Research Council [conseil national australien de recherche médicale et sanitaire].

 

À propos de l’Institut de recherche du CUSM

L’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (IR CUSM) est un centre de recherche de réputation mondiale dans le domaine des sciences biomédicales et de la santé. Établi à Montréal, au Canada, l’Institut, qui est affilié à la faculté de médecine de l’Université McGill, est l’organe de recherche du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) – dont le mandat consiste à se concentrer sur les soins complexes au sein de sa communauté. L’IR-CUSM compte plus de 420 chercheurs et près de 1 200 étudiants et stagiaires qui se consacrent à divers secteurs de la recherche fondamentale, de la recherche clinique et de la recherche en santé évaluative aux sites Glen et à l’Hôpital général de Montréal du CUSM. Ses installations de recherche offrent un environnement multidisciplinaire dynamique qui favorise la collaboration entre chercheurs et tire profit des découvertes destinées à améliorer la santé des patients tout au long de leur vie. L’IR-CUSM est soutenu en partie par le Fonds de recherche du Québec – Santé (FRQS).www.ircusm.ca

 

Pour planifier une entrevue avec le Dr Menzies, veuillez communiquer avec :

Paul Logothetis
Communications et Relations médias
Centre universitaire de santé McGill
514-210-6376
Paul [dot] Logothetis [at] muhc [dot] mcgill [dot] ca