L’hydrothérapie : une pratique qui change des vies en néonatalogie

La pratique de Stephanie Arpin, physiothérapeute pédiatrique, a pris un nouveau tournant après sa participation à un congrès sur les soins néonataux en 2018. C’est là qu’elle découvre l’hydrothérapie en unité de soins intensifs néonatals (USIN), une approche de physiothérapie qui utilise les propriétés thérapeutiques de l’eau en complément d’interventions favorisant le développement de ces tout petits patients.

De retour à Montréal, Stephanie n’a qu’un objectif : implanter l’hydrothérapie à l’Hôpital de Montréal pour enfants (HME). Depuis six ans, elle en est devenue une véritable ambassadrice à l’USIN. 

Les bébés prématurés peuvent être particulièrement sensibles aux défis liés à une naissance avant terme. Pendant des semaines, ils s’adaptent à la vie à l’extérieur du ventre maternel et peuvent ressentir de l’inconfort ou une douleur persistante dans leur petit corps fragile. Lors d’une séance d’hydrothérapie, ils sont bien emmaillotés, puis doucement immergés dans un bain d’eau chaude pendant une dizaine de minutes. 
 

Stephanie
Stephanie Arpin, physiothérapeute à l’USIN, qui pratique l’hydrothérapie

Une fois dans l’eau, ils flottent en douceur tandis que l’emmaillotage est retiré progressivement, un bras et une jambe à la fois. Le thérapeute peut alors guider délicatement le bassin du bébé pour encourager des mouvements naturels et spontanés. Soutenu, apaisé et encouragé à bouger, le nourrisson développe graduellement sa force et ses habiletés motrices. À la fin de la séance, les bébés qui pleuraient au départ sont généralement détendus et apaisés. 

Chaque aspect de l’intervention est soigneusement encadré : les dimensions du bassin, le déroulement de la séance minute par minute et la température de l’eau. Celle-ci est réglée de façon à maintenir la température corporelle du bébé et à faciliter sa transition hors de l’eau. Contrairement à un bain traditionnel, destiné à l’hygiène, l’hydrothérapie néonatale est une intervention développementale spécialisée réalisée par des professionnels de la santé. D’une durée de dix minutes, elle est reconnue pour favoriser la circulation sanguine, l’amplitude des mouvements et le confort du bébé. 

Quand les dix minutes sont écoulées 

En général, après dix minutes, Stephanie retire complètement l’emmaillotage. Le bébé profite ainsi de quelques instants supplémentaires dans l’eau, libre de ses mouvements et bien au chaud. Vient ensuite le moment de sortir du bain. Des couvertures, parfois même préchauffées, sont déjà prêtes pour l’envelopper à nouveau. Il faut ensuite nettoyer et désinfecter soigneusement le bassin. Stephanie reconnaît d’ailleurs que cette étape prend souvent plus de temps que l’intervention elle-même.

« Pour moi, cela en vaut largement la peine, confie-t-elle. Il n’y a rien de plus beau que de voir un bébé se détendre dans vos bras. »

Les fruits de la persévérance

Stephanie est actuellement la seule physiothérapeute de l’USIN à offrir l’hydrothérapie. Pourtant, cette initiative aurait bien pu ne jamais voir le jour. À son retour du congrès, elle ne trouvait aucun bassin répondant aux dimensions requises. Elle a passé près d’un an à chercher la bonne solution. Comment a-t-elle gardé sa motivation?

« Je ne me suis jamais découragée parce que j’avais une vision claire. J’étais convaincue que cette approche pouvait apporter de réels bénéfices aux patients et, surtout, aux parents. Je pensais énormément aux parents », se souvient-elle.

Finalement, c’est chez Canadian Tire qu’elle trouve l’équipement recherché. Elle y déniche même un petit canard en caoutchouc jaune qui sert aussi de thermomètre !

« Certains parents sont très émus lorsqu’ils voient leur bébé dans l’eau. Ils attendent avec impatience la prochaine séance. Il leur arrive même de me croiser dans le corridor et de me demander : “Est-ce qu’on fait encore de l’hydrothérapie cette semaine?” »

Si un bébé montre des signes indiquant qu’il n’apprécie pas l’expérience, la séance est simplement interrompue. Stephanie pourra réessayer la semaine suivante, et les parents sont généralement prêts à tenter l’expérience de nouveau. 

L’hydrothérapie permet aussi aux parents ou aux proches de participer activement aux soins, créant ainsi une expérience de rapprochement précieuse avec leur bébé. Le nombre de séances varie selon la durée de l’hospitalisation. Deux ou trois séances peuvent suffire lors d’un court séjour, tandis que certains bébés hospitalisés pendant plusieurs mois peuvent en recevoir jusqu’à dix ou douze. 

« C’est un honneur et un privilège d’accompagner ces familles. Je tiens aussi à remercier l’équipe de l’USIN de l’Hôpital de Montréal pour enfants pour son ouverture, en particulier une infirmière et une inhalothérapeute qui ont beaucoup collaboré avec moi à mon retour du congrès. Aujourd’hui, l’équipe voit l’hydrothérapie d’un très bon œil et m’aide à repérer les bébés qui pourraient en bénéficier. » 

Le 8 septembre marque la Journée mondiale de la physiothérapie. L’hydrothérapie néonatale a été développée par Jane Sweeney, qui a publié en 1983 un article scientifique évalué par les pairs sur le sujet. Avant de pouvoir bénéficier de cette intervention, les bébés doivent obtenir une autorisation médicale et certaines contre-indications doivent être prises en compte. À l’HME, l’hydrothérapie est généralement offerte à partir de 34 ou 35 semaines d’âge gestationnel corrigé.