Sténose aortique : 200 nouveaux gènes identifiés donnent de l'espoir pour de futurs traitements
La découverte de gènes impliqués dans cette maladie cardiaque incurable offre enfin l'espoir de trouver des traitements
Une nouvelle étude portant sur la sténose aortique, la forme la plus répandue de maladie des valves cardiaques, a identifié plus de 200 nouveaux gènes prédisposant à cette affection pour laquelle il n’existe encore aucun traitement. La découverte de ces gènes, dont certains sont aussi associés à une progression plus rapide de la maladie, pourrait permettre d’identifier les individus à haut risque de développer la maladie, en vue de leur offrir une prise en charge précoce. Cela ouvre aussi de nouvelles perspectives vers des traitements visant à ralentir ou à stopper la progression de la maladie.
L’étude publiée dans Nature Genetics a été codirigée par le Dr George Thanassoulis et le Dr Jamie Engert, respectivement scientifique principal et scientifique au sein du programme de recherche en santé cardiovasculaire au long de la vie de l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (L’Institut), en collaboration avec des collègues de l'Université Harvard et d'autres chercheurs internationaux. Cette étude est une méta-analyse intégrant les données génétiques de 2,8 millions d'individus issus de populations diverses, appartenant à différents groupes ancestraux. Il s’agit de la plus vaste analyse génétique sur la sténose aortique menée à ce jour.
« Notre étude se distingue par plusieurs atouts majeurs : l‘inclusion d’un grand nombre d’individus, sa conception multiancestrale et l'analyse distincte des hommes et des femmes, qui ont renforcé notre capacité à détecter des marqueurs génétiques au sein de différentes populations, explique le Dr Engert. Ces travaux ouvrent la voie à la recherche de nouvelles stratégies de prévention et de traitements dont nous avons grandement besoin. »
Une maladie répandue
La sténose aortique touche plus de 9 millions de personnes dans le monde. Au Canada, elle atteint près de 3 % des personnes âgées de 65 ans et plus. La sténose aortique se caractérise par un épaississement, un durcissement, une calcification et/ou un rétrécissement de la valve aortique, l’ouverture entre le ventricule gauche du cœur et l’aorte. Par conséquent, le cœur doit travailler davantage afin de faire circuler le sang dans le corps, et avec le temps cet effort supplémentaire l’affaiblit et induit des symptômes qui amenuisent la qualité de vie des patients.
Des médicaments peuvent être prescrits pour traiter les symptômes tels que l’essoufflement, la douleur à la poitrine, les palpitations et les étourdissements, mais ils n’empêchent pas la maladie de progresser. Lorsque la condition devient trop avancée, la seule intervention possible s’avère le remplacement de la valve cardiaque, par chirurgie à cœur ouvert ou par cathéter.
« Notre objectif est de prendre en charge les patients le plus tôt possible et d’avoir accès à des traitements afin d’éviter les remplacements de valve cardiaque, une intervention qui ne vient pas sans risques et à laquelle tous les patients ne sont pas éligibles », indique le Dr Thanassoulis.
La génétique derrière la sténose aortique
Au total, les chercheurs ont relevé 241 gènes – dont 200 jusqu’ici inconnus – qui prédisposent les individus à développer une sténose aortique. Ils ont ensuite créé un score de risque qui permet de prédire la probabilité qu’une personne développe la maladie, en fonction de son profil génétique.
« L’outil que nous avons développé pourrait améliorer le dépistage des personnes à haut risque de développer la maladie, avant même l’apparition des symptômes, qui apparaissent souvent tardivement. Le score pourrait aussi servir, à plus long terme, à sélectionner des participants en vue d’essais cliniques pour des stratégies de traitements préventifs », explique le Dr Thanassoulis.
L’équipe a aussi découvert que certains gènes sont impliqués dans le dérèglement de mécanismes biologiques propres à la maladie, tels que l’inflammation, la calcification, la métabolisation des lipides, l’adiposité et l’arrêt du cycle de division cellulaire. L’équipe a d’ailleurs identifié deux gènes spécifiques, qui, lorsque désactivés, bloquent l'accumulation de calcium dans les cellules valvulaires. Ils ont également identifié trois autres gènes pouvant possiblement expliquer certaines différences dans le développement de la maladie chez les hommes et les femmes.
« Il est important de mieux comprendre les mécanismes régulés par chaque gène et leur lien avec la sténose aortique, explique le Dr Thanassoulis, car cela pourrait ouvrir la voie à de nombreuses pistes pour développer des médicaments, et les tester dans des modèles précliniques. »
À propos de l’étude
Genomic and transcriptomic analyses of aortic stenosis enhance therapeutic target discovery and disease prediction par le Dr George Thanassoulis, le Dr Jamie Engert et coll. a été publiée dans Nature Genetics. L’étude a été financée par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), La Fondation des maladies du cœur et de l’AVC du Canada (Cœur + AVC) et les Fonds de recherche du Québec – Santé (FRQS).
DOI : 10.1038/s41588-025-02417-6
Contact média
Evelyne Dufresne
Agente d’information
Centre universitaire de santé McGill (CUSM)
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