L’antiviral Paxlovid accélère le rétablissement de la COVID, mais ne réduit pas les hospitalisations chez les patients vaccinés, selon des essais cliniques

D’importantes études menées au Royaume-Uni et au Canada fournissent des données cruciales pour mieux cibler l’utilisation du Paxlovid dans les populations fortement vaccinées d’aujourd’hui


Le Paxlovid (nirmatrelvir-ritonavir) ne réduit pas les hospitalisations ni les décès chez les adultes vaccinés présentant un risque plus élevé de COVID-19 grave, selon les résultats de deux essais nationaux publiés dans le New England Journal of Medicine.

Les résultats, portant sur 4 232 participants, fournissent des données cruciales pour cibler l’utilisation du Paxlovid vers les personnes susceptibles d’en tirer le plus grand bénéfice, alors que la vaccination généralisée a considérablement réduit le risque de formes graves à l’échelle de la population.

Au Canada, l’essai CanTreatCOVID, dirigé par le Dr Andrew Pinto, directeur du Upstream Lab (MAP Centre for Urban Health Solutions, St. Michael’s Hospital, Unity Health Toronto), en collaboration avec le Dr Todd Lee et la Dre Emily McDonald de l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (L’Institut), a recruté 716 participants de janvier 2023 à septembre 2024. CanTreatCOVID a été financé par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) et Santé Canada, et soutenu par l’Agence de la santé publique du Canada.

Au Royaume-Uni, l’essai PANORAMIC, financé par le National Institute of Health and Care Research (NIHR) et dirigé depuis l’Université d’Oxford, a recruté 3 516 participants (de décembre 2021 à mars 2024).

Les deux essais ont recruté des adultes âgés de 50 ans ou plus, ainsi que des adultes plus jeunes présentant des conditions telles que le diabète ou l’asthme. Plus de 98 % de l’ensemble des participants étaient vaccinés.

Un rétablissement plus rapide, un profil d’innocuité bien établi

Bien qu’aucune différence n’ait été observée en matière d’hospitalisation, les participants ayant reçu le Paxlovid ont déclaré se sentir nettement mieux beaucoup plus rapidement. Dans l’essai PANORAMIC, le délai médian de rétablissement était de 14 jours avec le Paxlovid, contre 21 jours avec les soins habituels. Mené plus tard dans la pandémie et reposant sur des critères d’évaluation légèrement différents, l’essai CanTreatCOVID a rapporté un temps de rétablissement plus court, soit six jours, comparativement à neuf jours. Même si les patients savaient quel traitement leur avait été attribué, la charge virale a également été significativement réduite au cinquième jour de traitement.

Les données sur l’innocuité concordaient avec le profil d’effets secondaires bien connu du Paxlovid. Dans l’essai PANORAMIC, 90,4 % des participants ont signalé au moins un effet secondaire — principalement une altération du goût (dysgueusie) et des symptômes gastro-intestinaux typiques de ce médicament — et 14 % ont interrompu le traitement prématurément. Les événements indésirables graves sont demeurés rares dans les deux groupes.

Le Paxlovid a été approuvé au Royaume-Uni en 2021 sur la base d’un essai randomisé ayant démontré une réduction de 88 % des hospitalisations ou des décès chez des adultes non vaccinés à haut risque. En mai 2025, son utilisation y a été restreinte aux patients les plus à risque (p. ex., receveurs de greffe, personnes atteintes d’une maladie hépatique sévère), en raison de préoccupations liées au rapport coût-efficacité. Au Canada, le médicament a été authorisé par Santé Canada en janvier 2022, et chaque province applique ses propres critères de remboursement.

« Dans les populations fortement vaccinées d’aujourd’hui et exposées au variant Omicron, les bénéfices du Paxlovid ont fondamentalement changé, affirme le professeur Christopher Butler, du Nuffield Department of Primary Care Health Sciences de l’Université d’Oxford, qui a dirigé l’essai au Royaume-Uni. Bien que les patients se sentent mieux plus rapidement, nous n’avons observé aucune réduction du taux déjà faible d’hospitalisations ou de décès. Ces résultats fournissent des données essentielles pour un ciblage optimal et rentable de ce traitement. »

Todd Lee, Emily McDonald
Todd Lee et Emily McDonald

« Il s’agissait d’un essai important à mener. Ces données plus récentes nous aident à mieux comprendre le rôle potentiel des traitements antiviraux contre la COVID-19 à une époque où les populations sont vaccinées ou disposent d’une immunité naturelle. À mesure que le contexte évolue, les décisions thérapeutiques doivent être adaptées. Cette publication conjointe démontre que des essais indépendants utilisant des protocoles similaires peuvent produire collectivement des données probantes robustes », dit le Dr Todd Lee, cochercheur principal de l’essai CanTreatCOVID et scientifique au sein du Programme en maladies infectieuses et immunité en santé mondiale (MIISM) à L’Institut. 

« Cette publication met en lumière le rôle pionnier des essais PANORAMIC et CanTreatCOVID dans l’adoption d’approches innovantes de participation à distance — telles que le consentement en ligne, la livraison de médicaments par messagerie et l’autoprélèvement d’échantillons — afin de rendre les essais cliniques plus accessibles aux patients. À l’Institut, nous avons été à l’avant-garde dans ce domaine, en développant des approches qui constituent aujourd’hui des outils précieux pour évaluer rapidement et efficacement de nouveaux traitements et qui pourraient être mises à profit lors de futures urgences sanitaires », ajoute la Dre Emily McDonald, également cochercheuse principale de l’essai CanTreatCOVID et scientifique au sein du programme MIISM à L’Institut.

Taux d’hospitalisation très faibles, aucune différence significative

Les hospitalisations ou les décès à 28 jours étaient très rares. Dans l’essai PANORAMIC, les taux étaient de 0,8 % avec le Paxlovid contre 0,7 % avec les soins habituels. Dans l’essai CanTreatCOVID, les taux étaient de 0,6 % contre 1,2 %. Aucune des deux études n’a mis en évidence de différence statistiquement significative. Aucun décès n’a été enregistré dans l’un ou l’autre des essais durant la période de recrutement pour le Paxlovid.

Des essais menés en conditions réelles

Au Canada, l’essai CanTreatCOVID a été conçu pour déterminer quels médicaments peuvent prévenir les hospitalisations, aider les personnes atteintes de la COVID-19 à se rétablir plus rapidement et prévenir les effets à long terme de la maladie. Il était ouvert à des participants de l’Ontario, du Québec, de la Colombie-Britannique, de l’Alberta, du Manitoba et de Terre-Neuve-et-Labrador, grâce à des collaborations avec des chercheurs de partout au pays, notamment de l’Université de Toronto, de l’Université de la Colombie-Britannique, de l’Université de Calgary, de l’Université du Manitoba, de l’Université McGill, de l’Université Memorial de Terre-Neuve et de l’Université Simon Fraser. Les Drs Lee et McDonald siégeaient tous deux au comité directeur de l’essai, qui a coordonné l’étude au Canada, et ont dirigé le recrutement au Québec.

« Il s’agit d’un exemple de financement public permettant d’évaluer rigoureusement des traitements contre des infections comme la COVID-19, et nous sommes enthousiastes à l’idée de poursuivre avec TreatResp afin d’être prêts en vue d’une future pandémie », a déclaré le Dr Pinto, du Upstream Lab.

L’essai PANORAMIC au Royaume-Uni a été conçu, coordonné et dirigé par la Primary Care Clinical Trials Unit de l’Université d’Oxford, en collaboration avec le NIHR Research Delivery Network en Angleterre et des partenaires de recherche en Écosse, au pays de Galles et en Irlande du Nord. L’essai a recruté près de 30 000 participants dans le cadre de plusieurs traitements, démontrant la capacité exceptionnelle du Royaume-Uni à générer rapidement des données probantes à grande échelle grâce à des partenariats entre le milieu universitaire, le NHS, l’industrie et les communautés.


À propos de l’étude

Butler, C.C., Pinto A.D., et al. Oral nirmatrelvir-ritonavir for COVID-19 in higher risk outpatients. N Engl J Med 2026;394:1583-94. DOI: 10.1056/NEJMoa2502457