Première canadienne au CUSM : une chirurgie novatrice préserve la fertilité des femmes atteintes de cancer

Cette intervention appelée transposition utérine protège les organes reproducteurs des effets de la radiothérapie.


Une technique chirurgicale destinée à préserver la fertilité des femmes devant subir des traitements de radiothérapie dans la région pelvienne a été réalisée pour la première fois au Canada au Centre universitaire de santé McGill (CUSM). Cette intervention, appelée transposition utérine — développée et pratiquée par le Dr Reitan Ribeiro — représente un immense espoir pour les femmes atteintes d’un cancer colorectal ou d’autres cancers pelviens qui souhaitent conserver la possibilité de concevoir et de mener une grossesse après leur rémission, et réduire les risques d’une ménopause précoce.

« Avec l’augmentation de l’incidence des cancers chez les jeunes femmes et le report de l’âge de la maternité, il devient essentiel de penser non seulement au traitement du cancer, mais aussi à la qualité de vie et aux projets d’avenir des patientes, explique le Dr Reitan Ribeiro, oncologue gynécologique au CUSM et chercheur principal au sein de l'unité de recherche sur la santé des femmes à l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (L’Institut). La transposition utérine permet aux patientes atteintes de tumeurs pelviennes qui n'atteignent pas les organes reproducteurs de suivre une radiothérapie sans avoir à renoncer à leur désir de fonder ou d'agrandir une famille à l'avenir. » 

La transposition utérine consiste à remonter l’utérus, les ovaires et les trompes de Fallope vers la partie supérieure de l’abdomen lors d’une première intervention chirurgicale afin de les protéger du champ d’irradiation pendant les traitements de radiothérapie. Une fois les traitements terminés, les organes reproducteurs sont repositionnés dans le bassin à leur position initiale au cours d’une seconde intervention. Réalisée de manière minimalement invasive, cette procédure favorise une récupération rapide et ne retarde pas le début des traitements oncologiques.

 

Britany Fecteau, une femme de 28 ans traitée au CUSM pour un lymphome de Hodgkin au niveau de l’aine, est la première patiente à avoir bénéficié de cette pratique au Canada. La première intervention a eu lieu le 26 février 2026 et la seconde le 29 avril 2026, un mois après la fin de ses traitements de radiothérapie.

« Recevoir un diagnostic de cancer à mon âge a été un immense choc. Apprendre que les traitements pouvaient aussi me faire perdre ma fertilité et me plonger en ménopause précoce l’a été tout autant. Cette chirurgie m’a permis de préserver mes ovaires et mon utérus avant la radiothérapie, et cela représente énormément pour moi. Comme jeune maman, le fait de savoir que cette possibilité existait m’a donné de l’espoir et m’a aidée à traverser les traitements avec un peu plus de sérénité, témoigne Britany. J’espère que mon histoire pourra faire connaître cette option à d’autres femmes qui vivent une situation semblable. »

Dr Reitan Ribeiro, oncologue gynécologique au CUSM et la première patiente canadienne à avoir bénéficié de la transposition utérine, Britany Fecteau


Depuis l’élaboration de la technique de transposition utérine par le Dr Ribeiro en 2017, alors qu’il pratiquait au Brésil à l'hôpital Erasto Gaertner, plus de 45 interventions ont été réalisées à travers le monde et six grossesses naturelles ont été menées à terme post-intervention – sans recours aux techniques de procréation médicalement assistée.

« La proposition de solutions de préservation de la fertilité aux jeunes patientes atteintes d'un cancer a une valeur inestimable pour elles et leurs proches et fait partie intégrante de notre vision en matière de soins oncologiques et chirurgicaux innovants centrés sur le patient, souligne la Dre Lucy Gilbert, chercheuse de renommée internationale dans le domaine des cancers gynécologiques, directrice du Service d’oncologie gynécologique du CUSM et directrice du Département d'oncologie Gerald Bronfman de l'Université McGill. Nous sommes heureux de recruter les meilleurs experts, comme le Dr Ribeiro, pour faire progresser la santé des femmes. » 

Les effets irréversibles de la radiothérapie sur la fertilité et la santé hormonale

La radiothérapie joue un rôle essentiel dans le traitement de multiples cancers, notamment les cancers colorectaux et gynécologiques. Toutefois, même à faibles doses, les radiations induisent inévitablement des lésions irréversibles lorsqu’elles atteignent les organes reproducteurs. Les radiations altèrent la réserve ovarienne et atrophient l’utérus, causant la perte des capacités reproductives. 

La radiothérapie affecte également la fonction endocrinienne des ovaires en interrompant la production d’œstrogène, ce qui peut déclencher une ménopause précoce.

« Au-delà de la perte de fertilité, les dommages aux ovaires ont des répercussions importantes sur la santé physique et psychologique des femmes. Une ménopause précoce augmente notamment les risques de maladies cardiovasculaires et d’ostéoporose, en plus de provoquer des symptômes comme les bouffées de chaleur, la fatigue et les changements d’humeur, souligne le Dr Ribeiro, qui est aussi professeur agrégé au Département d'oncologie Gerald Bronfman et au Département d'obstétrique et de gynécologie de l'Université McGill. En préservant la fonction ovarienne et utérine, cette intervention élimine le risque de ménopause précoce. »

Jusqu’à présent, la principale option permettant de préserver la fertilité avant un traitement contre le cancer consiste en une stimulation ovarienne artificielle, suivie d’un prélèvement et d’une congélation des ovules. Cette approche retarde le début du traitement, repose sur les techniques de procréation médicalement assistée, qui sont coûteuses pour les patientes, et est limitée par le nombre d’ovules prélevés avec succès. Surtout, lorsque l’utérus a été endommagé par la radiothérapie, cela empêche la femme de mener une grossesse à terme.

En revanche, la transposition utérine s’inscrit dans une prise en charge plus globale en oncologie, où les soins ne se limitent plus uniquement à traiter la maladie, mais intègrent également les conséquences à long terme des traitements.

« Le CUSM est fier d’avoir réalisé cette première canadienne en chirurgie oncologique et gynécologique. Grâce à cette avancée, notre établissement aspire à devenir un centre de référence en matière de préservation de la fertilité chez les patientes devant recevoir des traitements oncologiques », dit la Dre Gilbert.

Le Dr Ribeiro a reçu le prix de la meilleure vidéo chirurgicale décerné par la Société d'oncologie gynécologique en 2017 à Washington, DC, et s’est également vu décerné le prix 2025 Outstanding Achievement in Gynecologic Oncology Surgery Award par l’International Gynecologic Cancer Society (IGCS), en reconnaissance de son impact mondial dans le domaine de l'innovation chirurgicale, de la recherche clinique et de la formation en gynécologie oncologique.

Le CUSM tient à remercier chaleureusement la Fondation Carole Epstein, la Fondation du CUSM et le Réseau de cancérologie Rossy pour leur soutien au Programme de transposition utérine. Le CUSM tient également à remercier le Dr Jean Deschênes, ancien directeur des services professionnels du CUSM, ainsi que la Dre Marie-Josée Bédard, la Dre Julie Lajeunesse et Laurence Duermael, du Collège des médecins du Québec (CMQ).


Personne-ressource pour les médias
Evelyne Dufresne
Agente d'information, CUSM
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