Maladies du foie et VIH : une étude révèle d’importantes lacunes dans le dépistage de la fibrose hépatique et propose une solution prometteuse
Le dépistage actuel de la fibrose hépatique passe à côté de nombreux cas chez les personnes vivant avec le VIH et pourrait être amélioré grâce à un nouvel outil mis au point par des chercheurs de L’Institut.
Grâce aux traitements antirétroviraux et à un contrôle accru des hépatites virales (VHB et VHC), les personnes vivant avec le VIH vivent généralement mieux et plus longtemps. Mais au sein de cette population, les maladies du foie demeurent répandues et constituent l’une des principales causes de décès.
Une vaste étude internationale montre que chez les personnes vivant avec le VIH, la fibrose hépatique — une accumulation de tissu cicatriciel dans le foie pouvant entraîner des dommages permanents — est fréquente, souvent asymptomatique et régulièrement non détectée par le test sanguin FIB-4, l’examen de dépistage communément utilisé en première ligne. L’étude, dirigée par la Dre Giada Sebastiani à l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (L’Institut), présente le score FIB-HIV, un nouvel outil qui pourrait améliorer l’identification des personnes à risque de fibrose, en intégrant des facteurs métaboliques et des caractéristiques propres au VIH. Un dépistage efficace de la fibrose hépatique est essentiel pour que les patients reçoivent les soins appropriés.
La maladie hépatique stéatosique (MHS), une maladie caractérisée par une accumulation excessive de graisse dans le foie, touche une personne adulte sur trois dans le monde et représente un important enjeu de santé publique. Elle peut évoluer vers une fibrose, une cirrhose et, dans certains cas, un cancer du foie.
Le dépistage actuel passerait à côté de plus du tiers des cas de fibrose hépatique significative
« Les personnes vivant avec le VIH sont touchées de façon disproportionnée par les formes les plus avancées de MHS, anciennement appelée maladie du foie gras. En particulier, la maladie hépatique stéatosique associée à un dysfonctionnement métabolique (MASLD) et la fibrose hépatique représentent un fardeau croissant à mesure que cette population vieillit, dit la Dre Sebastiani, auteure principale de l’étude publiée dans la revue Hepatology et scientifique principale au sein du programme en maladies infectieuses et immunité en santé mondiale à L’Institut. Notre étude montre que plus du tiers des cas de fibrose hépatique significative échappent au dépistage dans cette population à haut risque. »
Près de 5000 patients ne présentant ni hépatite virale active ni consommation excessive d’alcool, suivis entre 2015 et 2025 dans sept centres répartis dans cinq pays, ont participé à l’étude. Parmi eux, plus d’une personne sur cinq (21,7 %) était atteinte de MHS ; plus d’une sur 10 (12,6 %) présentait une fibrose hépatique significative, une forme de cicatrisation qui requiert une évaluation et un suivi spécialisés, et 6,1 % présentait une fibrose avancée, soit plus sévère.
Le test FIB-4 a démontré une précision modeste pour détecter une fibrose hépatique significative, classant à tort 36 % des cas de fibrose comme présentant un faible risque. Il s’est montré particulièrement peu performant chez les personnes atteintes de MASLD, qui étaient plus susceptibles de voir leur fibrose hépatique passer inaperçue.
La majorité des participants présentant une fibrose hépatique significative, mais classés à tort comme étant à faible risque par le score FIB-4, sont demeurés dans cette catégorie lors de la répétition du test FIB-4, 12 et 24 mois plus tard. Ils n’auraient donc pas bénéficié du suivi clinique nécessaire en pratique courante.
Dans l’étude, la performance du score FIB-4, qui estime le risque de fibrose en fonction de l’âge du patient et de données sanguines, a été évaluée en la comparant à celle de l’élastographie transitoire, un examen d’imagerie qui permet de détecter et d’évaluer la présence de tissu cicatriciel dans le foie. Les participants ont subi une élastographie transitoire chaque année. En pratique clinique courante, toutefois, cet examen est généralement recommandé uniquement lorsque le score FIB-4 dépasse certains seuils.
Le score FIB-HIV : de meilleurs résultats avec une approche personnalisée
Les chercheurs ont analysé les caractéristiques des participants dont la fibrose hépatique n’avait pas été détectée par le test FIB-4 (faux négatifs) et ont constaté que l’intégration de ces facteurs dans le score FIB-4 améliorait la classification des risques. Cela a conduit à la mise au point du score FIB-HIV, qui s’est révélé plus performant que le FIB-4 pour détecter une fibrose hépatique significative.
Le score FIB-HIV intègre des facteurs métaboliques classiques, comme le surpoids, l’obésité, le diabète et l’hypertension artérielle, et des facteurs propres au VIH, comme l’exposition à certains anciens médicaments antirétroviraux, la durée de l’infection, la gravité de l’atteinte immunitaire passée et la charge virale.
« Chez les personnes vivant avec le VIH, plusieurs facteurs peuvent favoriser des lésions au foie sans modifier de façon importante les marqueurs sanguins utilisés pour calculer le score FIB-4, explique Felice Cinque, premier auteur de l’étude et ancien stagiaire postdoctoral à L’Institut. D’où l’importance de prendre en compte les facteurs métaboliques individuels et ceux liés au VIH, comme ceux intégrés dans le score FIB-HIV, afin d’obtenir une évaluation plus précise du risque de fibrose hépatique. »
Le score FIB-HIV s’appuie sur des données cliniques recueillies en routine. Il pourrait ainsi aider les cliniciens à mieux identifier les patients qui bénéficieraient d’une élastographie transitoire, tout en optimisant l’utilisation des ressources diagnostiques, soulignent les auteurs de l’étude.
« Dans les pays à revenu élevé, près de la moitié des personnes vivant avec le VIH sont désormais âgées de plus de 50 ans. À mesure que cette population vieillit, les maladies du foie représentent un enjeu de santé de plus en plus important. Nous espérons que nos travaux favoriseront l’adoption d’une approche plus personnalisée et plus performante du dépistage de la fibrose hépatique », dit la Dre Sebastiani, qui est également professeure agrégée à l’Université McGill et membre de la division de gastro-entérologie et d’hépatologie du Centre universitaire de santé McGill.
À propos de l’étude
FIB-4 fails to identify significant liver fibrosis in people with HIV: A large multinational screening study par Felice Cinque, Sahar Saeed, Francesca Farina, Dana Kablawi, Jihoon Lim, Antonio Cascio, Claudia Gioè, Emmanuel Tsochatzis, Rosa Lombardi, Ahmed Cordie, Rahma Mohamed, Ahmed M. Kamel, Gamal Esmat, Alessandra Bandera, Jovana Milic, Dominik Benke, Fauzi Elamouri, Jürgen K. Rockstroh, Giovanni Guaraldi et Giada Sebastiani a été publiée dans Hepatology.
DOI: 10.1097/HEP.0000000000001773
Personne-ressource pour les médias
Fabienne Landry
Coordonnatrice des communications, Recherche, CUSM
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