Pour des informations à jour sur les activités du CUSM, consultez notre page web consacrée à la COVID-19 .

Une étude révèle que les troubles psychiatriques et les tentatives de suicide sont nettement plus fréquents chez les adolescents et les jeunes adultes atteints de diabète

Montreal - Dans une étude de cohorte rétrospective récemment publiée dans Diabetes Care, une équipe de chercheurs de l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (IR-CUSM) et de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) montre que dans la province de Québec, au Canada, les risques de troubles psychiatriques et de tentatives de suicide sont nettement plus élevés chez les jeunes de 15 à 25 ans atteints de diabète de type 1 (DT1), l’une des maladies chroniques les plus courantes chez les enfants. Les auteurs ont examiné le risque de troubles psychiatriques chez les adolescents et les jeunes adultes atteints de diabète de type 1, par rapport à la population non diabétique du même âge. Leurs conclusions soulignent l’importance d’identifier les troubles psychiatriques chez les adolescents et les jeunes adultes atteints de DT1 et d’accroître l’accès aux services de santé mentale pendant cette période de transition vulnérable.

Dans leur étude intitulée Risk of Psychiatric Disorders and Suicide Attempts in Emerging Adults With Diabetes (Risque de troubles psychiatriques et de tentatives de suicide chez les jeunes adultes diabétiques), l’équipe de chercheurs a utilisé les données du Système intégré de surveillance des maladies chroniques du Québec (SISMACQ) détenues par l’INSPQ. La cohorte comprenait des adolescents et des jeunes adultes vivant au Québec - 3 544 diabétiques et 1 388 397 non-diabétiques.

Les résultats sont saisissants. Selon l’étude, les personnes diabétiques âgées de 15 à 25 ans sont 3 fois plus à risque de faire une tentative de suicide que les personnes non diabétiques, et près de 1,5 fois plus à risque de souffrir d’un trouble de l’humeur diagnostiqué aux urgences ou à l’hôpital.
 

Dre. Meranda Nakhla, endocrinologue pédiatrique à l’Hôpital de Montréal pour enfants du CUSM
Dre. Meranda Nakhla, endocrinologue pédiatrique à l’Hôpital de Montréal pour enfants du CUSM

« Nous parlons de troubles de l'humeur, comme la dépression ou les troubles anxieux, qui peuvent affecter la gestion de la maladie explique la Dre Meranda Nakhla, l’une des auteures principales de l’étude, qui est endocrinologue pédiatrique à l’Hôpital de Montréal pour enfants du CUSM ainsi que scientifique au Programme en santé de l’enfant et en développement humain de l’IR-CUSM. « Le fait qu’ils soient plus à risque d’avoir des troubles de santé mentale les rend également plus à risque d’avoir des complications et des hospitalisations liées au diabète ».

Le diabète de type 1 touche environ 4 000 enfants au Québec. Il s’agit d’une maladie auto-immune qui nécessite une gestion très exigeante au quotidien. Les personnes atteintes de DT1 doivent vérifier leur taux de sucre sanguin et s’administrer de l’insuline par injection au moins quatre fois par jour. Elles doivent également compter les glucides contenus dans chaque aliment qu’elles consomment et décider ensuite de la quantité d’insuline dont elles ont besoin. Un contrôle non optimal du sucre sanguin peut entraîner de graves complications, comme des maladies oculaires et rénales, ou même la mort.

Dre Marie-Eve Robinson, endocrinologue pédiatrique au Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario (CHEO)
Dre Marie-Eve Robinson, endocrinologue pédiatrique au Centre hospitalier
pour enfants de l’est de l’Ontario (CHEO)

« Nous savions déjà, grâce à différentes études, que les enfants et les adolescents atteints de DT1 présentaient un risque plus élevé de troubles de santé mentale. Mais nous voulions savoir si cela était toujours vrai dans la période où ils grandissent et deviennent de jeunes adultes », explique la Dre Marie-Eve Robinson, endocrinologue pédiatrique au Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario (CHEO) et première auteure de l’étude, qui a mené cette recherche dans le cadre de sa thèse de maîtrise en épidémiologie à l’Université McGill.

Une étape de vie difficile

Le début de l’âge adulte est une phase de développement qui se situe entre 18 et 30 ans. Pendant cette période, les jeunes adultes développent leur autonomie, doivent concilier de multiples responsabilités sociales, éducatives et professionnelles, et prennent des décisions concernant leur vie future, comme le choix d’une carrière et le choix de fonder une famille.

« Avoir une maladie chronique comme le diabète complexifie considérablement cette étape, explique la Dre Nakhla. En plus de faire face à des priorités multiples, comme aller au collège ou à l’université, investir dans sa vie sociale, travailler et trouver un partenaire de vie, ils doivent consacrer du temps à gérer leur maladie chronique ».

« De plus, les jeunes adultes atteints de diabète doivent assumer l’entière responsabilité de la gestion de leur diabète, ce qui peut être une transition difficile alors que leurs anciens soignants leur apportaient un soutien important pendant l’enfance et l’adolescence », déclare la Dre Robinson, qui est également professeure adjointe de pédiatrie à l’Université d’Ottawa et chercheure clinicienne à l’Institut de recherche du CHEO.

Le passage des soins pédiatriques aux soins pour adultes - qui a lieu à l’âge de 18 ans - et l’accès limité aux services de santé mentale contribuent également à faire de cette période une étape critique pour les personnes atteintes de DT1. Les auteurs de l’étude précisent que cette transition « peut exacerber le risque de troubles psychiatriques puisque des facteurs sous-jacents tels que le changement de prestataires de soins aux diabétiques, les nouvelles installations de traitement, le niveau accru de responsabilités pour le jeune diabétique et les différences dans la gestion de la maladie peuvent contribuer à ce risque ».

Certaines personnes atteintes de diabète utilisent des technologies comme la surveillance du glucose en continu, pour la mesure de la glycémie en temps réel, ou la pompe à insuline, pour une perfusion continue d'insuline.

« Ce sont des traitements très intenses qui aident à contrôler le diabète, mais qui nécessitent également plus de temps en termes de gestion », ajoute la Dre Nakhla, qui est également professeure agrégée de pédiatrie à l'Université McGill.

« Notre étude comble une lacune importante dans la recherche, car elle est la seule à ce jour à évaluer de manière longitudinale les troubles psychiatriques chez les adolescents et les jeunes adultes atteints de diabète, déclare la Dre Robinson. Elle montre qu'il est nécessaire d'apporter davantage de soutien en matière de santé mentale aux jeunes adultes atteints de diabète, pour les aider à traverser cette étape de la vie au cours de laquelle ils passent des soins pédiatriques aux soins adultes. » 
 

À propos de l’étude

L’étude Risk of Psychiatric Disorders and Suicide Attempts in Emerging Adults With Diabetes
a été réalisée par Marie-Eve Robinson, Marc Simard, Isabelle Larocque, Jai Shah, Meranda Nakhla et Elham Rahme. DOI : https://doi.org/10.2337/dc19-1487

Ce travail a été rendu possible grâce au financement de l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill, du Fonds de recherche du Québec-Santé (FRQS) et du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec.

Personne-ressource pour les médias

Fabienne Landry
Communications, Recherche
Centre universitaire de santé McGill

514 812-7722
[email protected]