L’existence d’un « gène sauteur » pourrait expliquer le risque accru de cancer du pancréas chez les Canadiens français

La découverte d’une mutation vieille de plusieurs siècles pourrait donner lieu à un dépistage génétique mieux ciblé

Des chercheurs de l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (L’Institut) ont mis au jour une mutation génétique ancienne qui permettrait d’expliquer pourquoi certaines personnes d’origine canadienne-française du Québec présentent un risque accru de cancer du pancréas. Jusqu’à récemment, il n’était pas possible de détecter cette cause liée à un « gène sauteur » au moyen de tests génétiques standards.

Publiés dans le Journal of Medical Genetics, les résultats indiquent qu’un dépistage génétique mieux ciblé pourrait permettre d’identifier des personnes à risque élevé jusque-là non détectées.

L’influence de l’histoire sur le génome

La population canadienne-française du Québec descend d’un nombre relativement restreint de colons arrivés de France au 17e siècle. Au fil des générations, certaines mutations rares sont devenues plus fréquentes en raison d’un phénomène appelé « effet fondateur ».

« Cette histoire démographique crée des conditions uniques pour l’étude des maladies héréditaires, puisqu’un petit nombre de mutations fondatrices est à l’origine d’une proportion importante des cas héréditaires », explique William Foulkes, scientifique principal a sein du programme de recherche sur le cancer à L’Institut et professeur distingué James-McGill aux départements de médecine, d’oncologie et de génétique humaine de l’Université McGill.

Dans ce cas-ci, la mutation héréditaire est causée par un gène sauteur, soit un segment d’ADN capable de se copier et de s’insérer ailleurs dans le génome. Lorsqu’il s’insère dans le gène ATM, il perturbe les mécanismes de réparation de l’ADN, ce qui est associé à une augmentation du risque de cancer.

D’après les analyses génétiques, l’équipe estime que cette mutation est apparue il y a environ 300 ans (soit il y a 10 ou 11 générations), probablement au début de la colonisation de la Nouvelle-France ou peu avant.

Une mutation rare, mais plus fréquente dans les cas de cancer du pancréas

Chez les personnes canadiennes d’origine française du Québec, les chercheurs ont constaté que la mutation était présente dans environ 2 % des cas de cancer du pancréas, contre environ 0,2 % chez les personnes non atteintes, ce qui représente une fréquence dix fois plus élevée. Elle est également surreprésentée chez les Canadiennes françaises atteintes d’un cancer du sein, ce qui laisse croire qu’elle accroît aussi le risque de ce cancer. Les résultats reposent sur des échantillons de patients de l’Étude québécoise sur le cancer du pancréas et sur des données démographiques de CARTaGENE.

« Bien qu’elle soit rare dans la population générale, cette mutation est nettement plus fréquente chez les personnes atteintes d’un cancer du pancréas. Il s’agit d’une différence importante en termes de risque relatif », souligne le coauteur George Zogopoulos, scientifique au sein du programme de recherche sur le cancer à L’Institut, professeur de chirurgie et d’oncologie à l’Université McGill et chirurgien au Centre universitaire de santé McGill. Il pourrait donc être possible de repérer les personnes à risque accru en dépistant cette variante. »

Vers un dépistage plus ciblé

Cette variante n’avait pas été détectée auparavant, car les méthodes de dépistage génétique plus anciennes ne permettaient généralement pas de repérer ce type de modification de l’ADN. Les nouvelles technologies de séquençage rendent désormais cette détection possible.

« Nous pourrions concevoir un test ciblant un petit nombre de mutations fondatrices clés associées au cancer », indique l’autrice principale, Yifan Wang, qui a mené ces travaux dans le cadre de sa résidence et de son doctorat à l’Université McGill. Cela permettrait d’identifier plus tôt les personnes présentant des risques élevés. » Elle ajoute qu’il pourrait être bénéfique pour les personnes qui ont subi un test génétique il y a cinq à dix ans de subir une nouvelle évaluation dans le cadre d’une consultation génétique.


L’étude

L’article « ATM c.7374_7375insAlu is a French-Canadian founder pathogenic variant associated with predisposition to pancreatic and breast cancer », par Yifan Wang, George Zogopoulos, Simon Gravel, William Foulkes et coll., a été publié dans le Journal of Medical Genetics.

L’étude a été financée par les Instituts de recherche en santé du Canada, le Fonds de recherche du Québec – Santé et la Bourse de carrière pour l’excellence en chirurgie Michal-et-Renata-Hornstein.