Prévenir le diabète : un investissement rentable pour le Canada

Une nouvelle étude met en lumière les avantages d’investir dans une stratégie de prévention du diabète financée par le secteur public, inspirée d’un programme ayant fait ses preuves en Angleterre.

Source: CMAJ et L’Institut

La mise en place au Canada d’un programme de prévention du diabète semblable à celui du National Health Service (NHS) en Angleterre pourrait contribuer à prévenir le diabète de type 2 chez les personnes atteintes de prédiabète, tout en réduisant les coûts. C’est ce que révèle une nouvelle étude menée par des chercheurs de l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (L’Institut) et de l’Université McGill, en collaboration avec le Dr Jonathan Valabhji, fondateur du programme de prévention du diabète du NHS.

« Nos analyses indiquent que la mise en œuvre en Ontario et au Québec d’un programme de prévention du diabète inspiré de celui du NHS serait rentable — et permettrait probablement de réaliser des économies — sur une période de 35 ans chez les adultes atteints de prédiabète », écrivent la Dre Nisha Gupta, chercheuse postdoctorale, la Dre Kaberi Dasgupta, auteure principale, et leurs coauteurs dans l’étude publiée dans le CMAJ (Canadian Medical Association Journal).

Il n’existe actuellement aucun programme public de prévention du diabète au Canada, alors que, selon les estimations, jusqu’à un adulte sur quatre au pays présenterait un prédiabète, soit une glycémie supérieure à la normale, mais pas suffisamment élevée pour qu’un diagnostic de diabète soit posé. Reconnaissant la nécessité de renforcer les efforts de prévention, le Canada a publié en 2022 un cadre sur le diabète qui invite les gouvernements provinciaux et les instances dirigeantes autochtones à mettre en place des programmes communautaires pour freiner l’augmentation des nouveaux cas de diabète.

Prévenir coûte moins cher que traiter

Des essais cliniques menés dans plusieurs pays ont montré que des programmes structurés axés sur l’alimentation et l’activité physique peuvent réduire le risque de développer un diabète chez les personnes atteintes de prédiabète. S’appuyant sur ces données, le NHS en Angleterre a créé le premier programme national de prévention du diabète au monde financé par le secteur public.

Kaberi Dasgupta
Kaberi Dasgupta

« L’expérience de l’Angleterre montre qu’il est possible de mettre en place des programmes publics efficaces de prévention du diabète de type 2. Nos travaux actuels et antérieurs montrent que des programmes semblables pourraient être déployés au Canada, explique la Dre Dasgupta, scientifique principale au Programme des troubles métaboliques et de leurs complications de L’Institut. Pour la société, prévenir le diabète est un choix avantageux sur le plan économique. Pour les personnes concernées, c’est la possibilité de vivre une vie plus saine et plus simple — et cela n’a pas de prix. »

En collaboration avec des collègues du Royaume-Uni, l’équipe de recherche a réalisé une étude de modélisation afin de déterminer si la mise en place au Canada d’un programme de prévention du diabète inspiré de celui du NHS serait rentable.

Les chercheurs ont modélisé la mise en œuvre d’un programme de prévention du diabète au Québec et en Ontario sur une période de 35 ans. Leurs résultats montrent que le programme nécessiterait un investissement initial unique d’environ 760 $ par participant au Québec et de 920 $ en Ontario. Toutefois, en prévenant ou en retardant l’apparition de certains cas de diabète de type 2, le programme permettrait de réduire les coûts de santé à long terme. Ces économies feraient plus que compenser l’investissement initial, générant des économies nettes pour le système de santé d’environ 244 $ par participant au Québec et de 242 $ en Ontario sur 35 ans. Parallèlement, le programme entraînerait également des bénéfices pour la santé des participants, mesurés en années de vie ajustées en fonction de la qualité (AVAQ).

Autrement dit, investir dans la prévention du diabète pourrait à la fois réduire les coûts de santé à long terme et procurer des bénéfices pour la santé.

« Le programme de prévention du diabète du NHS constitue un modèle particulièrement intéressant pour le Canada, compte tenu de son rapport coût-efficacité démontré et des similitudes structurelles entre les systèmes de santé anglais et canadien. Au Canada comme en Angleterre, la majorité de la population est blanche, mais les deux pays comptent également une proportion importante de personnes issues d’autres groupes raciaux ou ethniques », écrivent les auteurs.

Les auteurs soulignent toutefois qu’un programme de prévention du diabète conçu et dirigé par les peuples autochtones serait nécessaire au Canada afin de répondre à leurs besoins particuliers, conformément aux appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation visant à remédier aux injustices liées au colonialisme.

« Nos résultats mettent en évidence l’intérêt d’investir dans des programmes de prévention du diabète dans les provinces canadiennes et leur potentiel pour réduire le fardeau du diabète de type 2. La mise en œuvre réussie d’un tel programme dans une province pourrait favoriser son adoption ailleurs au pays, réduire le nombre de personnes qui développent un diabète de type 2 ainsi que les coûts de santé qui en découlent, et orienter les futurs efforts de coordination et de financement du gouvernement fédéral », concluent les auteurs.

Toutes les citations tirées de l’étude ont été traduites librement de l’anglais.


À propos de l’étude

L’étude “Cost-effectiveness of implementing the National Health Service England Diabetes Prevention Programme to the Canadian context in Canada: a cost-effectiveness modelling study” est publiée le 28 septembre 2026 dans CMAJ.