Semaine des travailleurs sociaux

Une journée avec Pedro Mejia, travailleur social en neuro-oncologie
Au CUSM depuis 26 ans, Pedro Mejia est travailleur social au Neuro, l’Institut-hôpital neurologiques de Montréal depuis près de 18 ans. Sa pratique est consacrée aux patients atteints de tumeurs cérébrales malignes. Un rôle exigeant, à la croisée du soin, de l’accompagnement et de l’humain.
En neuro-oncologie, certaines qualités ne s’apprennent pas dans les livres.
« L’empathie et la compassion sont essentielles. Il faut comprendre la détresse sans perdre la distance qu’exige la profession. C’est un équilibre délicat entre flexibilité et patience. »
Un rôle souvent méconnu, toujours essentiel
Le rôle du travailleur social en milieu hospitalier demeure encore flou pour plusieurs.
« Certains patients nous voient arriver et disent « Pourquoi ? je n’ai pas de problèmes ». D’autres pensent à la DPJ, dit Pedro. Il faut expliquer qu’on est là pour accompagner. »
Accompagner, c’est soutenir émotionnellement, mais aussi faire le lien entre le patient, sa famille, l’équipe médicale et les ressources externes. C’est aider à naviguer dans un système de santé complexe, à comprendre, à décider.
« Nous évaluons les forces et les besoins des patients, nous les aidons avec la paperasse, nous les orientons vers les bonnes ressources. Parfois, on nous voit comme des défenseurs. Parfois comme des courtiers en ressources. En réalité, on est un peu des deux. »
Une profession ancrée dans l’humain
Au fil des années, Pedro a été témoin de l’évolution rapide de la neurochirurgie.
« Je me souviens de la première intervention chirurgicale à laquelle j’ai assisté en 2001. Aujourd’hui, les techniques sont beaucoup moins invasives. »
Mais au-delà des avancées technologiques, ce sont les histoires humaines qui restent.
« Je me rappelle d’une patiente d’origine indienne, immigrante comme moi. Elle avait réussi à faire une maîtrise en ingénierie après beaucoup d’efforts. Puis elle a appris qu’elle avait une tumeur cérébrale maligne. Ça m’a profondément touché. J’ai assisté à ses funérailles. C’était ma façon de boucler la boucle. »
En neuro-oncologie, accompagner signifie parfois marcher aux côtés du patient jusqu’à la toute fin de son parcours. « Une partie importante de notre rôle, c’est d’être présent quand la maladie ne peut plus être guérie », explique Pedro. « On aide à mettre des mots sur ce qui s’en vient, à préparer, à apaiser. »
« Ce sont des moments difficiles, mais profondément humains. Être capable d’accompagner quelqu’un jusqu’au bout, avec respect et dignité, c’est une responsabilité immense — et un privilège. »
Une journée sans routine
Au Neuro, aucune journée ne se ressemble.
Pedro commence par consulter la liste de ses patients. Le volume est important : il peut en rencontrer jusqu’à dix par jour, selon les admissions en neurochirurgie.
Il fait ensuite une tournée des unités. Il échange avec les équipes infirmières, les ergothérapeutes, les physiothérapeutes et les neurochirurgiens.
« On travaille en étroite collaboration. Quand je vais voir les médecins, ils savent que c’est important. »
Viennent ensuite les rencontres avec les patients. Il explique son rôle, répond aux questions, apaise les inquiétudes.
« J’essaye de leur faire voir le positif. C’est certain que dans le cas d’un patient atteint de tumeur cérébrale maligne, le positif ce n’est pas toujours clair mais, au Neuro, on peut au moins leur dire : vous êtes au meilleur endroit ici compte tenu des circonstances. Vous avez accès à des équipes de pointe, à des technologies avancées et à un encadrement solide. On va vous accompagner. »
Le rôle du TS est aussi de participer à la planification des congés, afin de s’assurer que chaque patient retourne dans un environnement sécuritaire et adapté. Ce n’est pas toujours facile considérant que nous sommes dans un hôpital neurologique.
Les mercredis matin sont consacrés aux rencontres multidisciplinaires — les « rounds » — où les cas sont discutés en équipe.
Enfin, la journée se termine généralement par la rédaction des rapports d’évaluation.
« Nous sommes le CUSM »
Pour Pedro, travailler au Neuro, c’est bien plus qu’un emploi.
« Mon lien avec le Neuro est viscéral. J’ai la chance de travailler avec des gens compétents et respectueux, qui comprennent que le médical et le social vont ensemble. »
Son parcours personnel est venu nourrir profondément son engagement. J’ai vécu dans plusieurs pays et j’ai dû reprendre une partie de mon parcours académique en arrivant au Canada, en se réorientant finalement vers l’intervention. La société canadienne m’a beaucoup donné. Même s’il a fallu que je me réinvente, que je me retourne comme un tortillas, la résilience que j’ai dû développer m’aide maintenant à aider les patients. Aujourd’hui, je suis fier de pouvoir dire que je fais un travail qui fait du sens. C’est la chose la plus importante »
Pour Pedro, « Nous sommes le CUSM, parce que nous sommes capables de travailler ensemble, au-delà des disciplines. Parce qu’on place le patient au centre. Et parce qu’on reconnaît que derrière chaque dossier, il y a une personne, une histoire. »